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Coronavirus: des travailleurs de la santé accusent Bolsonaro de crime contre l'humanité à la CPI

Jair Bolsonaro

Jair Bolsonaro - EVARISTO SA / AFP

60 syndicats et organisations de soignants ont porté plainte auprès de la Cour pénale internationale. Au moins 3 actions ont déjà été portées en justice à propos de sa gestion de la crise sanitaire.

Soixante syndicats et organisations ont déposé une plainte pour crime contre l'humanité contre Jair Bolsonaro devant la Cour pénale internationale ce dimanche, rapporte El País. Représentant plus d'un million de professionnels de santé, cette coalition entend faire condamner le président brésilien pour sa réponse à la crise sanitaire. Dans un document de 64 pages consulté par l'AFP, elle dénonce les "défaillances graves et mortelles" de la gestion de l'épidémie de Covid-19 au Brésil.

Les plaignants estiment que le président brésilien n'a "jamais tenu compte des recommandations techniques de son propre ministère" de la Santé pour endiguer la propagation du coronavirus. Ils lui reprochent son discours minimisant les risques liés à la pandémie et l'accusent d'avoir véhiculé des pratiques dangereuses en ayant convoqué plusieurs rassemblements importants depuis le début de la crise, en s'affichant régulièrement sans masque de protection et en faisant l'apologie de la chloroquine.

"Nous apportons un ensemble d'informations qui montrent qu'il y a eu crime, que ce soit dans les actes [de Jair Bolsonaro] ou par omission", explique Márcio Monzane, secrétaire régional du syndicat UNI Americas, l'une des organisations ayant porté plainte.

Des politiques "d'exclusion des minorités"

Surtout, la plainte souligne le refus du président brésilien de mettre en place plusieurs lois visant à contenir l'épidémie (notamment la caratère obligatoire du masque dans les lieux clos) et à protéger les citoyens les plus vulnérables, dont les populations indigènes. Début juillet, Jair Bolsonaro avait ainsi déposé son veto à l'obligation du gouvernement fédéral de garantir un accès à l'eau potable à ces populations pendant la crise sanitaire.

Ces pratiques sont un indicateur de la "politique d'exclusion des minorités" menée par le président brésilien, dénonce la plainte. Les plaignants considèrent ainsi qu'il y a eu une "volonté manifeste" de Jair Bolsonaro de "prendre des mesures qui portent atteinte aux droits de l'Homme et ne protègent pas la population", mettant ainsi les "groupes ethniques vulnérables" en situation de risque.

3 plaintes déjà déposées

Pour autant, cette nouvelle plainte n'est pas garantie d'aboutir, explique à El País Luís Moreno Ocampo, ancien procureur en chef de la Cour pénale internationale. Il est nécessaire de prouver que le président brésilien avait l'intention d'utiliser le coronavirus comme un outil d'extermination d'une partie de la population brésilienne avant qu'une enquête puisse être ouverte et que Jair Bolsonaro soit jugé, précise le magistrat. Au moins trois actions en justice ont déjà été intentées concernant la gestion de la crise sanitaire par le président brésilien, dont aucune n'a abouti pour le moment.

Avec plus de 87.000 morts et 2,4 millions contaminations, le Brésil reste le deuxième pays le plus touché par la pandémie après les Etats-Unis. Près de 500 soignants sont morts depuis le début de la crise sanitaire dans le pays.

Maëllyss Hedin Journaliste BFMTV