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Coronavirus: au creux de la vague, isolé, Trump passe à la télé quand il ne peut pas la regarder

Donald Trump

Donald Trump - Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Le New York Times a publié jeudi un long récit du quotidien de Donald Trump, confiné à la Maison Blanche. Il y apparaît isolé, toujours entêté, souvent accablé par la crise du coronavirus, et obsédé par la télévision qu'il s'agisse d'y passer ou de la regarder.

On l'a vu abattu, sonné, au moment d'annoncer les projections du bilan humain du coronavirus aux Etats-Unis. On l'a vu ce jeudi recommander lors d'une autre conférence de presse des moyens abracadabrants pour vaincre le virus, à base de "lumière" ou de "désinfectant", avant d'assurer le lendemain qu'il n'était pas sérieux et se voulait alors sarcastique. Bref, la crise du Covid-19 ne réussit pas, pour l'instant, à Donald Trump. 

Réveillé à 5h, au travail à midi 

Et la presse dresse même un récit crépusculaire de son quotidien à la Maison Blanche durant cette période troublée. Jeudi, le New York Times publiait ainsi un compte-rendu heure par heure, établi grâce aux témoignages d'une dizaine de conseillers du président des Etats-Unis et de membres de l'administration, aux airs de chronique de fin de règne (la carrière pour le moins surprenante de l'homme d'affaires invitant cependant à une certaine réserve sur ce chapitre). Car trois éléments ressortent principalement de l'emploi du temps de Donald Trump: son isolement, au moins en partie choisi, sa grande morosité... et sa consommation de télévision, devant les caméras mais surtout, plus passivement, devant son écran. 

Donald Trump se réveille ainsi à 5h du matin ces temps-ci et, s'il n'arrive généralement dans le Bureau ovale pour y travailler qu'à midi, c'est qu'auparavant il aura ingurgité les matinales de Fox News, CNN, et MSNBC. Le discours médiatique et politique sur sa gestion de la crise, que ses détracteurs l'accusent d'avoir minimisée, l'obnubile. Il met d'ailleurs un point d'honneur à suivre tous les jours l'allocution télévisée quotidienne d'Andrew Cuomo, gouverneur de New York, en quête, assure le quotidien local, d'une référence positive ou négative à sa personne. Malheureusement, qu'il s'agisse d'Andrew Cuomo ou d'un commentateur, ce qu'il entend de lui sur les plateaux ne lui plaît que rarement. 

Décrochages

Les oreilles du chef de l'Etat américain sifflent de toutes parts. Il faut dire qu'aux Démocrates qui pilonnent son exercice du pouvoir, tout particulièrement pendant cette crise qui surprend Donald Trump au terme de son premier mandat, s'ajoutent les critiques, plus flûtées, des Républicains qui lui reprochent une parole trop longue, trop inefficace, trop incantatoire, et un rapport trop offensif à l'opposition et aux journalistes en cette période atypique. Il y a pire. Les bons chiffres de l'économie qui le portaient jusque là et lui laissaient entrevoir un second bail à la Maison Blanche, malgré les controverses, ont spectaculairement volé en éclats. Depuis les premières mesures de confinement, prises il y a cinq semaines, les Etats-Unis comptent 26,453 millions de nouveaux chômeurs. Et forcément, l'épreuve menace de trouver une traduction électorale: les sondages commandés en interne montre déjà un décrochage possible dans certains Etats-clés. 

Cette mauvaise spirale l'accable psychologiquement tandis que sa forme physique reste bonne, lui qui, comme son vice-président, est testé tous les jours pour vérifier qu'il n'a pas contracté le coronavirus. D'après le média new-yorkais, c'est durant la seconde moitié du mois de mars, tandis que les statistiques morbides montaient inexorablement, que Donald Trump a commencé à perdre de sa superbe. Mike Lindell, représentant d'un des donateurs lors de sa campagne présidentielle, lui a rendu visite à Washington à la fin du mois dernier. Jugeant que le président était au 36e dessous, il a choisi, pour lui remonter le moral, de lui montrer un SMS que lui avait envoyé un ami démocrate estimant que Donald Trump faisait du bon travail dans la circonstance.

Son moment 

Il est cependant un rendez-vous dans la journée qui ne manque jamais de le regonfler: ses conférences de presse quotidiennes. Donald Trump, coupé de ses supporteurs, de ses fameux meetings, voit dans ces points journaliers une occasion de renouer avec la tribune et de s'en prendre à la presse au moment des questions-réponses. Cependant, il prépare peu ses interventions, et s'il effectue bien quelques surlignages au marqueur, le milliardaire découvre pour l'essentiel le contenu de son discours en le prononçant. Il ne participe plus que rarement aux réunions liminaires avec sa "task force coronavirus" qui précédent immédiatement ce face-à-face avec le pays.

La longueur même de ces conférences de presse dont la durée déborde souvent jusqu'à 1h30 ou 2h pose question: le président des Etats-Unis n'a-t-il pas mieux à faire que de consacrer tous les jours deux heures à échanger avec la presse, sans toujours communiquer d'informations concrètes ou valides? Donald Trump, qui n'écoutait plus les conseils de ses conseillers, est peut-être en train d'évoluer à ce propos. En effet, ABC News a remarqué que vendredi, sa conférence avait pris fin au bout d'une heure, sans dialogue avec les journalistes. 

Le retour à la télé

Après cette conférence de presse, Donald Trump se réfugie dans le Bureau ovale. Là, il rallume la télévision et écoute ce que les éditorialistes ont pensé de son passage. Il se tourne à nouveau vers l'écran après qu'il a reçu son rapport quotidien des renseignements et s'être entretenu avec son équipe dédiée à la sécurité nationale ou avec quelques conseillers économiques. S'il ne dîne pas avec son épouse Melania et leur fils Barron, âgé de 14 ans, il mange des frites et sirote du coca dans ce même bureau. C'est alors l'heure de clore sa journée en grimpant dans sa chambre et de dormir quelques heures... après avoir zappé une ultime fois. 

Robin Verner