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Comprendre la stratégie des belligérants en Ukraine de l'Est

Des camions du convoi russe passe la frontière ukrainienne au niveau du checkpoint d'Izvarino, le 22 août 2014.

Des camions du convoi russe passe la frontière ukrainienne au niveau du checkpoint d'Izvarino, le 22 août 2014. - Sergey Venyavsky - AFP

EDITO - La tension est montée d'un cran entre l'Ukraine et la Russie, ces derniers jours, autour du convoi humanitaire envoyé par Moscou dans l'Est ukrainien. Mais ce convoi pouvait-il cacher quelque chose?

Depuis des jours, le feuilleton du convoi humanitaire s'est éternisé. Puis a connu une accélération soudaine vendredi: une partie du convoi russe rentre sur le territoire, livre ses vivres et médicaments à Lougansk, et repart aussitôt sans se faire contrôler à la frontière.

Une opération militaire cachée?

L'accusation de la part de l'armée ukrainienne est édifiante, bien qu'invérifiable: les camions du convois sont allés récupérer, près de Donetsk, à l'usine Topaz, des équipements industriels entrant dans la fabrication des systèmes radar Kalchuga. D'autres camions auraient récupéré des équipements industriels de l'usine de munitions de Lougansk.

Les camions russes, repassant de l'Ukraine vers la Russie, n'ont pas été examinés par les douaniers ukrainiens, retenus par les militaires russes au point de passage. Si c'est vrai, la stratégie du Kremlin s'explique ainsi: il s'agissait d'extraire les équipements industriels sensibles pour l'armée russe. L'opération humanitaire aurait donc essentiellement servi à cela.

Que pouvait faire Kiev?

Quelle était la stratégie ukrainienne? Prendre Lougansk avant ce 24 août, Fête de l'indépendance ukrainienne. Il fallait choisir: poursuivre l'opération "antiterroriste" dans l'est, ou affronter directement le convoi russe. Était-ce même possible de prendre le convoi par la force? Plus schématiquement, le gouvernement ukrainien a laissé le convoi russe prélever ces équipements, misant sur le fait que Vladimir Poutine oubliera ensuite l'Est de l'Ukraine. 

Que gagne Poutine?

La Crimée! Le président ukrainien Petro Porochenko la lui réclame, Angela Merkel et les Occidentaux disent mollement que l'annexion est inacceptable. Mais la péninsule est lâchée, elle restera russe. L'Est de l'Ukraine redevient ukrainien, et tant pis pour les équipements. Il restera aux forces armées ukrainiennes de reprendre par les armes les dernières poches de l'Est, sauf si Poutine, Merkel et Porochenko signent un accord. Chacun a gagné ce qu'il voulait. Angela Merkel, elle, pourra relancer les juteuses relations commerciales germano-russes. Et l'on oubliera les soldats et les civils morts, dont le nombre dépasse aujourd'hui les 2.000. Prochaine étape à suivre: la vente, éventuellement suspendue, des navires de guerre Mistral français à la Fédération de Russie. 

Harold Hyman