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Comment se décident les frappes aériennes à la Maison Blanche?

La tension est encore montée d'un cran entre Téhéran et Washington après que l'Iran a abattu jeudi un drone de la Marine américaine. Trump a menacé d'une riposte par des frappes aériennes, finalement avortée quelques minutes avant l'assaut. Comment se prend une telle décision à la Maison Blanche?

Situation sous haute-tension entre l’Iran et les Etats-Unis. Jeudi soir, la République islamique a abattu un drone américain qui se trouvait, selon lui, dans son espace aérien. "L'Iran a fait une énorme erreur!" a lancé d'un tweet laconique et menaçant le locataire de la Maison Blanche avant d’ordonner des frappes aériennes contre le pays, en guise de représailles. Dans la foulée, des avions se sont préparés pour l’opération tandis que les navires de la marine américaine étaient déjà en position quand, quelques minutes seulement avant le raid, Donald Trump est revenu sur sa décision et a annulé l'assaut.

"Le chef d’Etat décide seul"

"Le dernier mot revient toujours au président" qui est le chef des forces armées, en vertu de l’article 2 de la Constitution des Etats-Unis", explique à BFMTV.com Corentin Sellin, spécialiste de la politique américaine. "Ce plein pouvoir est d’ailleurs largement critiqué, particulièrement sur la question du nucléaire." L’an dernier, certains élus se sont demandé s’il ne fallait pas restreindre par la loi les pouvoirs nucléaires du président et mettre en place des garde-fous. 

Reste que le président des Etats-Unis ne réfléchit pas seul à un plan de frappes aériennes.

"Dans une telle situation, le conseil de sécurité nationale (créé en 1947) composé d’experts régionaux et thématiques, le chef du renseignement, le chef de l’Etat-major, le commandant de la zone géographique concernée, le vice-président, le secrétaire d’Etat et des membres du Pentagone se réunissent pour fournir toutes les hypothèses au président des Etats-Unis. Ils lui présentent toutes les stratégies qui peuvent être envisagées puis, fort de ces éclairages, le chef d’Etat décide seul", développe Corentin Sellin.

Trump, le "bienfaiteur"

Jeudi soir, la patronne de la CIA, Gina Haspel, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Mike Pompeo, et John Bolton, conseiller néo-conservateur et va-t-en-guerre à la sécurité nationale ont plaidé en faveur des frappes aériennes sur l’Iran. "On a l’impression que Donald Trump s’est laissé entraîner par l’influence grandissante de John Bolton avant de prendre du recul sur la situation et de finalement se rétracter", analyse le politologue. "Ce rétropédalage est très rare mais ce qui l'est encore plus c'est de livrer publiquement les dessous de cette décision stratégique", commente-t-il.

Dans une série de tweets, Donald Trump a détaillé ce vendredi après-midi les tenants et les aboutissants de sa surprenante décision.

"Nous étions armés et prêts à riposter la nuit dernière contre trois sites différents quand j'ai demandé combien (de personnes) allaient mourir. 150 personnes, monsieur, a été la réponse d'un général. 10 minutes avant la frappe, je l'ai stoppée, (ce n'était) pas proportionné par rapport à une attaque contre un drone", a écrit le président américain.

Des frappes "heureusement arrêtées par Trump le bienfaiteur", ironise sur son compte Twitter, Corentin Sellin qui souligne que par cette communication, le président des Etats-Unis se dédouane, faisant passer le "chef militaire US (...) pour un 'boucher' prêt à tuer 150 personnes en Iran".

Ambre Lepoivre