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Combats en Libye sur la route de Syrte

LA SITUATION EN LIBYE

LA SITUATION EN LIBYE - -

par Mohamed Abbas et Alexander Dziadosz SUR LA ROUTE DE BIN DJAOUAD/RAS LANOUF, Libye, 6 mars (Reuters) - Les forces de Mouammar Kadhafi, appuyées...

par Mohamed Abbas et Alexander Dziadosz

SUR LA ROUTE DE BIN DJAOUAD/RAS LANOUF, Libye, 6 mars (Reuters) - Les forces de Mouammar Kadhafi, appuyées par des avions de chasse, ont repoussé dimanche les insurgés qui tenaient depuis la veille la ville côtière de Bin Djaouad, à 160 km à l'est de Syrte, le fief du dirigeant libyen.

Ces derniers se sont regroupés à l'extérieur de la localité, a constaté un correspondant de Reuters. "On entend le bruit sourd d'obus de mortier qui tombent près des positions rebelles et également le son de mitrailleuses dans le lointain", a déclaré Mohamed Abbas. "Un flot régulier de combattants rebelles repart vers l'ouest en direction de Bin Djaouad."

Un combattant, revenant blessé de la ligne de front, a déclaré que les forces de Mouammar Kadhafi tiraient à la mitrailleuse et lançaient des grenades RPG.

Prié de décrire ce qu'il avait vu, il a répondu: "La mort."

Manifestement choqué, il n'a rien dit de plus.

Les insurgés ont occupé Bin Djaouad samedi mais se sont retirés ensuite, ce qui a permis aux forces pro-Kadhafi de s'emparer de bâtiments où ils ont posté des tireurs et organisé leur contre-attaque.

"Les combats sont très intenses, comme au Viêtnam", a déclaré un combattant rebelle, Ali Othman. "Tout type d'armes est utilisé. Nous avons battu en retraite après une embuscade et nous allons nous regrouper."

"Les forces de Kadhafi ont attaqué avec des avions et tiré du haut des bâtiments", a témoigné un autre insurgé, Ibrahim Boudabbous.

NOMBREUSES VICTIMES

Les médecins et le personnel de l'hôpital de Ras Lanouf, où les insurgés se sont repliés, ont enregistré l'arrivée de deux cadavres et 22 blessés de Bin Djaouad. Des témoins font état de nombreuses victimes, dont des civils.

Le docteur Heitham Gheriani a fait état d'au moins 15 blessés dans les combats de la matinée à Bin Djaouad, dont un photographe français touché à une jambe.

Un homme a dit avoir vu un bâtiment civil touché par une bombe. "Les blessés nous ont dit de faire sortir les enfants. Nous avons laissé les morts sur place", a déclaré un rebelle, Khaled Abdoul Karim.

"J'ai vu des gens crier et hurler. J'ai vu 20 à 25 personnes qui semblaient mortes, des civils ou des rebelles", a ajouté un autre combattant, Achraf Youssef.

Certains rebelles ont accusé des habitants de Bin Djaouad d'avoir trahi leur cause et de s'être rangés du côté de Kadhafi. "Il y avait des gens en civil qui nous tiraient dessus", a dit l'un d'eux. Mais d'autres ont minimisé ces déclarations. "Ce sont nos frères. Ils ont été forcés par Kadhafi."

Le gouvernement libyen a affirmé dimanche qu'il avait repoussé les insurgés, maîtres de l'Est depuis plus d'une semaine, jusqu'à leur principal bastion de Benghazi.

Mais les correspondants de Reuters ont constaté que les rebelles contrôlaient toujours, contrairement aux déclarations de Tripoli, le port pétrolier de Ras Lanouf.

D'après des témoins, un avion a attaqué Ras Lanouf dimanche matin mais aucune victime n'a été signalée.

CONTACTS AVEC LA TRIBU DE KADHAFI

Bachir Abdoul Gadir, l'un des commandants des insurgés dans l'Est, a déclaré que les rebelles s'étaient emparés de Nofilia, à l'ouest de Bin Djaouad. Il a ajouté que ses forces attendaient un signal des habitants de Syrte pour tenter de faire tomber cette ville, à 120 km plus à l'ouest.

"Ce n'est pas compliqué de prendre Syrte", a-t-il dit à Reuters. "Je pense que 70% des habitants sont avec nous mais ils nous ont dit de ne pas entrer dans Syrte par crainte de violents combats. On va attendre qu'ils nous disent quand ils sont prêts."

Auparavant, au cours d'une conférence de presse, Bachir Abdoul Gadir avait estimé qu'environ 8.000 combattants rebelles se trouvaient entre Ras Lanouf et Nofilia.

A Benghazi, le colonel Lamine Abdelwahab, membre du conseil militaire formé par les insurgés, a fait état d'une prise de contacts avec la tribu Gaddafda, celle de Mouammar Kadhafi, qui se trouve à Syrte.

"Nous avons reçu un contact de la part de membres de la tribu Gaddafda à Syrte qui souhaitent négocier (...) Il n'y aura pas de négociations. Ils nous demandent ce que nous voulons. Nous disons que nous ne voulons plus de Kadhafi", a déclaré Abdelwahab.

Selon lui, des militaires issus de la tribu Ferdjan se font exécuter car ils refusent de combattre les rebelles.

Mouammar Kadhafi pourrait disposer de plus de 20.000 combattants à Syrte, a déclaré ce colonel, expliquant que la ville natale de Kadhafi abritait le bataillon Saadi (un des fils du dirigeant libyen) qui comprend quatre brigades, ainsi que des milices tribales.

Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français