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Chanson de Michel Sardou, cartes postales, drapeaux: les symboles des manifestants de Hong Kong

Des manifestants brandissant des parapluies près de l'aéroport.

Des manifestants brandissant des parapluies près de l'aéroport. - VIVEK PRAKASH / AFP

A Hong Kong, les manifestants réclament depuis plusieurs semaines une plus grande autonomie de la cité par rapport à la République populaire de Chine. Pour frapper les esprits, ils ont mis en avant divers symboles.

A Hong Kong, la mobilisation ne décolère pas. Allumée au début du mois de juin, devant le projet de loi, abandonné depuis, de permettre des extraditions vers la République populaire de Chine, la protestation s'est étendue à la dénonciation de l'ingérence perçue comme grandissante du tuteur communiste.

Car si Hong Kong appartient bien à la Chine, depuis la rétrocession opérée par les Britanniques en 1997, elle bénéficie d'un statut qui lui est propre. Or, les manifestants craignent que ce régime spécifique soit menacé par la croissance de la mainmise pékinoise.

Et une contestation populaire est la combinaison de rassemblements ou de défilés mais aussi de symboles brandis à la fois pour résumer l'action entreprise mais aussi frapper les esprits. En quelques semaines, les mécontents de Hong Kong ont mis en avant plusieurs bannières. 

Une chanson des Misérables dans les terminaux de l'aéroport

En France, Michel Sardou n'a pas tout à fait l'image d'un révolutionnaire. Pourtant, il se trouve indirectement être le porte-voix du mouvement en cours. Plus exactement, depuis qu'ils ont commencé à investir l'aéroport de Hong Kong, les manifestants chantent aux nouveaux arrivants l'air de Do you hear the people sing?.

Or, il s'agit là de la version anglaise du morceau A la volonté du peuple enregistré en 1980 par le chanteur français sur l'album-concept Les Misérables, composé par Claude-Michel Schönberg, Alain Boublil et Jean-Marc Natel. Herbert Kretzmer a signé l'adaptation en anglais. La comédie musicale dont a accouché le disque a vite débordé les frontières pour faire le tour du monde et le bonheur de Broadway, jusqu'à devenir un film dans lequel Victor Hugo aurait sans doute eu le plus grand mal à reconnaître son petit. 

Le refrain adopté par les manifestants, et repris dans les terminaux locaux, est donc le suivant: "Do you hear the people sing?/ Singing a song of angry men?/ It is the music of a people / Who will not be slaves again!" ("Entends-tu le chant du peuple? / Ce chant d'hommes en colère? C'est la musique d'un peuple / qui ne retrouvera pas ses fers!"). Le site Scroll.in a remarqué que ce titre avait déjà accompagné les manifestations du parc Gezi à Istanbul en 2013 et la crise ukrainienne éclatée en 2014. 

Bons baisers de la manifestation 

Les manifestants qui ont pris place dans l'aéroport ont trouvé un autre stratagème pour capter l'attention des touristes et voyageurs. France Info a ainsi relevé le tweet d'un Néerlandais qui a diffusé sur le réseau social les photos des cartes postales remises par les militants. On y voit des dessins ou des clichés des derniers événements, notamment les violences policières, au recto et au verso, slogans et revendications.

"5 exigences, pas une de moins: retrait complet du projet de loi d'extradition ; suppression du terme d'émeute pour qualifier le mouvement du 12 juin ; relaxe des protestataires arrêtés ; formation d'une commission d'enquête indépendante ; introduction du suffrage universel à deux tours", peut-on notamment y lire au dos. 

Parapluies contre lacrymogènes et reconnaissance faciale 

Dans la rue, lors des manifestations, un accessoire n'a pu échapper aux observateurs. Peu importe l'atmosphère, le parapluie, qui a déjà illustré le mouvement de 2014, a été de toutes les sorties. Ici, le symbole rejoint la visée pratique. Ces marcheurs très politiques se cachent en effet derrière leur baleine pour remonter le courant de l'artère malgré les gaz lacrymogènes lâchées à leur encontre par les forces de l'ordre.

Une vidéo du Huffington Post a noté l'autre vertu de l'ustensile pour les protestataires: ils en couvrent les caméras de vidéosurveillance pour limiter au maximum l'identification des manifestants. 

  • Une histoire de drapeaux 

Toujours, les cortèges se hérissent de drapeaux. Comme l'Agence France Presse s'en est aperçue samedi, les défilés hongkongais ont vu l'émergence d'Union Jack et de drapeaux de la période coloniale par-dessus les flots de la colère. Les étendards faisant référence aux Britanniques sont en fait brandis par la frange indépendantiste des manifestants.

"Je manifeste parce que Hong Kong, ce n'est pas la Chine. Je veux l'indépendance de Hong Kong. Je veux le suffrage universel", glissait récemment à l'AFP, cité ici par La Croix, un Hongkongais, participant à la procession avec un drapeau colonial à la main. 

Mais évoquer les mânes du système colonial pour réclamer indépendance et démocratie ne s'impose pas franchement comme une évidence à tout le monde. Sur un forum où naviguent les internautes manifestants, l'opportunité d'arborer le drapeau colonial a été largement désavouée: aux 3500 "non", répondaient seulement 250 "oui". Beaucoup préfèrent lever dans le ciel de leur cité une retouche du drapeau officiel: tandis que celui-ci est rouge autour d'une fleur blanche, les rassemblements ont brandi un drapeau noir autour des pétales. 

Robin Verner