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Blindé, connecté, lent et luxueux: le mystérieux train de Kim Jong-un

Un mystérieux train vert, flanqué de bandes jaunes, a enflammé les imaginations en Asie ces dernières heures. Arrivé à Pékin lundi, d'où il est reparti ce mardi, transportait-il, pour la première fois à l'étranger, le dictateur nord-coréen Kim Jong-un? Tout porte à le croire, selon les observateurs et la description de ce train, ingrédient essentiel de l'histoire de la dynastie communiste.

Durant la guerre civile contre les Russes "blancs", le "rouge" Léon Trotski avait marqué les esprits en sillonnant son pays à bord d'un train blindé. Ces dernières heures, c'est un autre train blindé qui a attiré à lui toutes les attentions en Extrême-Orient. Arrivé lundi soir à la gare de Pékin, et reparti ce mardi après-midi, un train vert foncé flanqué de bandes jaunes a nourri les spéculations: s'agissait-il du train personnel du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, venu s'entretenir avec le président chinois Xi Jinping? C'est en tout cas ce que pensent les observateurs, qui ont remarqué qu'il ressemblait énormément au train qu'affectionnait feu Kim Jong-il. La Chine, elle, reste sur la réserve et refuse de confirmer la visite. 

Le véhicule de la mythologie des Kim 

Diplomatiquement, un tel voyage serait un événement de premier ordre: la première visite du dirigeant nord-coréen, installé au pouvoir depuis six ans, en Chine, son allié historique et au-delà, son premier déplacement à l'étranger. L'excursion intrigue d'autant plus que la Chine s'est souvent agacée ces dernières années de l'accélération du programme nucléaire dans le nord de la péninsule coréenne et que deux rencontres au sommet se profilent: celle entre Kim Jong-un et le président sud-coréen en avril, puis entre l'homme politique communiste et Donald Trump en mai. 

Ce n'est pas la première fois, en revanche, que le train vert éveille la curiosité sur sa route. Il est un élément essentiel du quotidien des Kim depuis des décennies et de la mythologie que le régime a mis sur les rails. Comme le note le correspondant des Echos au Japon, l'Etat nord-coréen assure que Kim Jong-il est mort en décembre 2011 dans son train, en pleine tournée ferroviaire auprès de son peuple. Le wagon où l'ancien leader nord-coréen se serait éteint est à présent exposé dans le Palais du soleil de Pyongyang.

C'est parce qu'il était terrorisé à l'idée de prendre l'avion, et paranoïaque comme beaucoup de dictateurs, que Kim Jong-il préférait la voie ferrée. Mais la passion des Kim pour les trains remonte à plus loin, selon France 24 qui note que le fondateur de la "République populaire démocratique de Corée" (nom officiel du pays), Kim Il-sung, grand-père de l'actuel Kim Jong-un, avait élu ce véhicule après que, en pleine guerre de Corée au début des années cinquante, il avait pu compter sur un train pour le ramener sain et sauf à son quartier général, malgré une situation militaire incertaine. 

Militaires et vins français 

Le train vert en gare de Pékin a, quant à lui, été détaillé dans le New York Times. Il est composé de vingt-et une voitures, toutes blindées, aux vitres teintées. S'il s'agit bien du mythique transport de son père, le journal sud-coréen Chosun Ilbo rappelle que, malgré l'aspect désuet de l'ensemble, on trouvait à bord tous les raffinements modernes: une connexion satellite, plusieurs salles de conférence, plusieurs chambres, des écrans de toutes sortes.

A proprement parler cependant, le train vert des Kim va par trois: en effet, un premier train parcourt le trajet, rempli d'une centaine de militaires, pour sécuriser les lieux, puis vient le train luxueux où ont pris place le leader, les siens et ses gardes du corps, et enfin une troisième série de voitures, où sont entassés effets personnels et fournitures diverses. 

Un tel confort ne va pas sans un luxe de victuailles à la table du dirigeant nord-coréen dans son train. Konstantin Pulikovsky, qui représentait alors Vladimir Poutine aux confins de la Russie, avait voyagé à travers celle-ci aux côtés de Kim Jong-iI, ans son train, en 2001. Il a décrit sa tribulation dans un livre appelé Orient express. On y lit notamment la chose suivante: "On pouvait dire de Kim Jong-il qu'il était un gourmet. Il était possible à bord de commander n'importe quel plat russe, chinois, coréen, japonais ou français". Pour accompagner ces gastronomies, des caisses de bordeaux et de bourgogne embarquaient également. Et les infrastructures aussi ont reçu tous les soins. En Corée du Nord, vingt gares ont été construites pour le seul bon plaisir du dictateur le long d'un axe surnommé "la ligne Kim". 

60 km/h de moyenne 

Toutefois, il n'y a pas que des avantages à s'en remettre au train vert nord-coréen pour ses trajets. Le blindage en alourdit sérieusement la marche et le train, d'après l'analyse du correspondant des Echos, doit encore beaucoup à d'anciennes technologies soviétiques. Résultat: il roule en moyenne à 60 km/h. 

Robin Verner