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Blaise Campaoré parti, le Burkina au bord de l'anarchie institutionnelle

Blaise Campaoré à Washington en août 2014.

Blaise Campaoré à Washington en août 2014. - AFP

Le lieutenant-colonel Isaac Zida a été désigné samedi par l'armée pour conduire le régime de transition au Burkina Faso après la chute du président Blaise Compaoré.

Le Burkina Faso est un pays qui s'est fait oublier, ou presque. En 1983, le troisième coup d'Etat successif porte le capitaine Thomas Sankara, jeune révolutionnaire au pouvoir. Il attaque les privilégiés, se lançant dans un populisme militant, Robin des Bois en uniforme, entouré d'une garde féminine. Une grande similarité avec le Colonel Kadhafi. Et des ouvertures trop appuyées au bloc communiste.

Puis en 1987, un certain officier, Blaise Compaoré, mène un coup qui laisse Sankara troué de balles, et Paris et Washington heureux.

C'est ce Blaise Compaoré qui vient de fuir en Côte d'Ivoire. Il avait réorienté son pays vers l'Occident, la "rectification", ce qui lui évita les déboires des régimes marxisants africains, véritables expériences absurdes. "Blaise" comme on l'appelle devient un stratège régional. Il s'immisce dans la guerre civile ivoirienne, tout naturellement.

Car le Burkina Faso est relativement populeux, et fournit depuis l'ère coloniale une forte proportion de migrants à la Côte d'Ivoire. Même le président ivoirien Alassane Ouattara est fortement lié au Burkina Faso, issu d'une famille en partie burkinabè. Le rôle de Blaise dans la victoire du camp de Ouattara est patent.

Un paysage politique en friche

Après deux septennats et deux quinquennats, Blaise Compaoré aurait dû gentiment partir à la retraite. La Constitution nouvelle, dont il s'est servi pour rajouter les quinquennats, lui interdisait de renouveler son mandat. Il imagina donc un amendement constitutionnel, sans se doute que la ficelle était très très grosse. Sans doute que le skieur adepte de Megève a perdu le sens des réalités populaires. Depuis des mois la diplomatie discrète française pousse le vieux à la retraite dans la dignité. L'intéressé n'entend rien, et voilà qu'il doit fuir, heureusement sans avoir fait donner la troupe.

Blaise laisse un paysage politique en friche, avec l'armée qui tente de s'installer sur le fauteuil présidentiel, sans l'appui populaire. Le peuple n'a pas de guru politique naturel pour exiger la relève.

Vu d'Europe, deux choses au moins sont évidentes: l'islamisme est quasi-inexistant dans ce pays essentiellement animiste, et l'épidémie d'Ebola n'est pas arrivée jusque-là.

Harold Hyman