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Birmanie: vives critiques après la condamnation à 4 ans de prison pour Aung San Suu Kyi

L'ex-cheffe du gouvernement civil est dans l'attente de nouveaux verdicts, qui devraient être annoncés dans le mois à venir. Elle risque des dizaines d'années de prison.

Le climat social ne risque pas de se calmer en Birmanie. Ce lundi, Aung San Suu Kyi a été condamnée par la junte à 4 ans de prison pour incitation aux troubles publics et violation des règles sanitaires liées au Covid, première peine prononcée contre l'ex-cheffe du gouvernement civil et prix Nobel de la paix. Selon un porte-parole des militaires, elle a été condamnée à deux ans de prison en vertu de la section 505(b) et à deux ans de prison en vertu de la loi sur les catastrophes naturelles.

Risques d'une condamnation à perpétuité

Âgée de 76 ans, Aung San Suu Kyi était assignée à résidence depuis le coup d'Etat du 1er février dernier qui a mis un terme brutal à la transition démocratique en cours en Birmanie depuis 2010. Jugée depuis juin, elle est inculpée pour une multitude d'infractions: sédition, corruption, fraude électorale... Et risque de finir ses jours en détention.

La condamnation pour incitation est liée à des déclarations publiées par le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), peu après le coup d'État, condamnant la prise de pouvoir par les généraux. Le chef d'inculpation relatif au Covid est lié quant à lui aux élections de l'année dernière, que la LND a remportées haut la main, mais les détails ne sont pas connus, la junte ayant imposé le silence sur les procédures judiciaires.

Aung San Suu Kyi risque des dizaines d'années de prison si elle est reconnue coupable de tous les chefs d'accusation et le prochain verdict est attendu pour le 14 décembre, pour une autre infraction à la loi sur les catastrophes naturelles.

En début d'année, les généraux putschistes avaient perpétré ce coup d'état en plaçant plusieurs de leurs hommes aux postes décisionnaires. L'événement avait provoqué l'arrestation de la septuagénaire, mais aussi du président de la République Win Myint et d'autres responsables du parti au pouvoir. Ce coup d'état avait entraîné l'organisation d'imposantes manifestations dans les rues des principales villes du pays, dont la répression a provoqué plusieurs dizaines de morts selon l'ONU. Le procès d'Aung San Suu Kyi avait quant à lui débuté en juin.

Condamnation internationnales

De nombreux observateurs dénoncent un procès politique dans le but de neutraliser la gagnante des élections de 2015 et de 2020. La Haute-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Michelle Bachelet, a déploré cette condamnation "dans un procès truqué avec une procédure secrète devant une cour contrôlée par les militaires (qui) n'est rien d'autre que politiquement motivée". Selon elle, cette peine "ferme aussi une porte au dialogue politique".

De son côté, l'Union européenne a également "fermement condamné" la peine, dénonçant "un verdict à motivation politique" dans une déclaration au nom de ses 27 Etats membres.

"Ce verdict à motivation politique constitue un nouveau revers majeur pour la démocratie (dans le pays) depuis le coup d'État militaire du 1er février 2021" affirme la déclaration publiée par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell."

"Cette procédure constitue une tentative manifeste d'exclure les dirigeants démocratiquement élus (...) du processus de dialogue inclusif", "une nouvelle étape vers le démantèlement de l'État de droit et une nouvelle violation flagrante des droits de l'homme" en Birmanie, ont encore déploré les Vingt-Sept. L'UE a en outre réitéré "ses appels urgents à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques ainsi que de toutes les personnes détenues arbitrairement depuis le coup d'État."

Selon une ONG locale de défense des droits, plus de 1300 personnes ont été tuées et plus de 10.000 arrêtées dans le cadre de la répression de la dissidence depuis le coup d'État. La junte birmane cherche à "asphyxier les libertés" en emprisonnant l'ex-cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, a estimé Amnesty International dans un communiqué.

Ces condamnations "relèvent de la vengeance et d'une démonstration de pouvoir de la part des militaires", a dit à l'AFP Richard Horsey, expert sur la Birmanie à l'International Crisis Group.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier avec AFP Journaliste BFMTV