BFMTV

Biélorussie: nouvelle journée de mobilisation à Minsk, des milliers de personnes défilent

La manifestation dans le centre de Minsk, le 16 août 2020

La manifestation dans le centre de Minsk, le 16 août 2020 - Sergei GAPON / AFP

Alors que les manifestations se poursuivent dans l'ensemble du pays, le président s'est quant à lui adressé à ses soutiens ce dimanche.

Deux semaines après la très polémique élection présidentielle qui s'est tenue en Biélorussie, la tension ne redescend pas. Ce dimanche, des dizaines de milliers de personnes défilaient encore dans les rues de Minsk, la capitale, lors d'une "Marche pour la liberté" contre la réélection du président Alexandre Loukachenko, confronté à un immense mouvement de protestation.

"Pars!", scandaient les protestataires à l'attention du chef de l'Etat, marchant le long de l'avenue de l'Indépendance, dans le centre de Minsk, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Portant des fleurs, vêtus de blanc, les manifestants se dirigeaient au milieu des chants et des klaxons de voitures vers le monument érigé en mémoire des victimes de la Seconde guerre mondiale. Les contestataires portaient à bout de bras un gigantesque drapeau blanc et rouge, les couleurs de l'opposition.

Loukachenko réplique

Quasiment dans le même temps, Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans, a fait une apparition surprise non loin de là, sur le place de l'Indépendance, devant plusieurs milliers de ses soutiens.

"Chers amis, je vous ai appelés ici non pas pour que vous me défendiez mais parce que, pour la première fois en un quart de siècle, vous pouvez défendre votre pays et son indépendance", a-t-il lancé, sous les ovations.
Alexandre Loukachenko, le 16 août 2020
Alexandre Loukachenko, le 16 août 2020 © Siarhei LESKIEC / AFP

Le président biélorusse, 65 ans, a réagi à la volonté de l'opposition d'organiser une nouvelle élection présidentielle, après celle du 9 août qui l'a donné vainqueur mais a suscité des accusations de fraudes massives.

"Si nous faisons ça, nous partirons en vrille et nous n'en reviendrons jamais", a-t-il prédit, face à ses partisans agitant le drapeau officiel rouge et vert, hérité de la période soviétique.

S'exprimant depuis une tribune, entouré de gardes du corps, Alexandre Loukachenko a dénoncé la volonté, selon lui, d'imposer au pays "un gouvernement depuis l'étranger".Près de lui se tenait son fils cadet, Nikolaï Loukachenko, parfois présenté comme son successeur potentiel.

Protestation historique

La victoire d'Alexandre Loukachenko à la présidentielle été perçue comme largement truquée, alors que la mobilisation en faveur d'une rivale inattendue, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, a enflammé la Biélorussie avant le vote. Cette dernière est désormais en exil en Lituanie.

Svetlana Tikhanovskaya le 30 juillet 2020
Svetlana Tikhanovskaya le 30 juillet 2020 © Sergei GAPON / AFP

Des membres de l'élite ont rallié la protestation: des journalistes de la télévision publique, d'habitude aux ordres du pouvoir, des chercheurs et des hommes d'affaires, mais aussi un ancien ministre de la Culture, Pavel Latouchko.

Dans une vidéo, l'ambassadeur biélorusse en poste en Slovaquie, Igor Lechtchenia, s'est dit lui "choqué par les témoignages de torture et de passages à tabac".

L'opposante Svetlana Tikhanovskaïa, qui réclame l'organisation d'élections honnêtes et la libération des prisonniers politiques, a annoncé la création d'un comité pour organiser le transfert du pouvoir.

Crainte d'une "aide" russe

Sous pression, Loukachenko a agité samedi le spectre d'une intervention russe, affirmant que son homologue Vladimir Poutine lui avait assuré, lors d'un entretien téléphonique, son "aide" pour préserver la sécurité du Bélarus, une ex-république soviétique.

Dimanche, le Kremlin s'est dit prêt à fournir une assistance militaire, si nécessaire, dans le cadre du traité d'Union liant les deux pays, et de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTCS) composée de six anciennes républiques soviétiques.

Le dirigeant biélorusse a dit faire face à une "révolution de couleur" -- le nom donné à plusieurs soulèvements dans l'ex-URSS ces 20 dernières années -- avec des "éléments d'interférence extérieure."

Des protestataires craignent la possibilité d'une intervention russe, soulevée par Loukachenko. "Si la Russie intervient, ce sera encore pire", a dit à l'AFP Olga Nesterouk, une manifestante.

L'Union européenne a de son côté ordonné des sanctions contre des responsables biélorusses liés aux fraudes électorales et à la répression.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier avec AFP Journaliste BFMTV