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Barrage au Laos: dix-sept corps retrouvés, des centaines de disparus

La rupture totale du barrage a libéré 500 millions de tonnes d'eau.

La rupture totale du barrage a libéré 500 millions de tonnes d'eau. - Handout / ATTAPEU TODAY / AFP

Les autorités du Laos, Etat communiste très fermé, où les sources d'information sont rares, n'ont fourni à ce stade aucun bilan officiel sur l'ampleur de la catastrophe.

Les secouristes étaient à la recherche mercredi des centaines de personnes portées disparues au Laos après l'effondrement d'un barrage hydroélectrique, mais seuls 19 corps ont été retrouvés, pour le moment, et les opérations de secours promettent d'être difficiles dans cette zone isolée.

"Dix-neuf corps ont été pour l'heure récupérés, dix-sept personnes blessées ont été transportées à l'hôpital", a déclaré Chana Miencharoen, le consul thaïlandais au Laos présent sur place. "Nous ne pouvons pas encore estimer le nombre de disparus", a-t-il ajouté, précisant que l'eau atteignait le toit des maisons.

Les autorités du Laos, Etat communiste très fermé, où les sources d'information sont rares, n'ont fourni à ce stade aucun bilan officiel sur l'ampleur de la catastrophe.

L'agence officielle laotienne KPL faisait état mardi de "plusieurs morts et de centaines de disparus". 

Plus de 6.000 personnes sont sans abri

Des images filmées par les médias locaux montrent des personnes sur les toits dans l'attente des secours, d'autres fuyant la zone avec les quelques objets qu'elles ont pu sauver alors que les inondations, qui ont submergé sept villages, touchent un vaste périmètre.

Près de 750 personnes ont trouvé refuge dans un entrepôt situé dans une province voisine à plusieurs dizaines de kilomètres de la catastrophe. D'après le consul thaïlandais, plus de 6.000 personnes sont sans abri.

"Cela s'est passé rapidement, nous n'avions pas beaucoup de temps pour nous préparer", a déclaré Joo Hinla habitant de l'un des villages les plus touchés, Ban Hin Lath, toujours sans nouvelles de quatre membres de sa famille. 

La rupture totale du barrage a libéré 500 millions de tonnes d'eau

A la suite de pluies torrentielles, "la partie supérieure du barrage" a été emportée dimanche à 21 heures, soit près de 24 heures avant l'effondrement de la structure, a indiqué l'entreprise coréenne SK Engineering and Construction, qui participe à la réalisation du projet.

Dimanche soir, "nous avons immédiatement alerté les autorités et commencé à évacuer les villageois" qui se trouvaient les plus près, a ajouté la compagnie coréenne.

La rupture totale du barrage a libéré 500 millions de tonnes d'eau, selon les données d'un autre opérateur du barrage, Korea Western Power, inondant sept villages.

Des ouvriers ont été dépêchés sur place, mais les tentatives de réparation ont été entravées par de fortes pluies.

Dès vendredi, "onze centimètres d'affaissement ont été détectés au centre du barrage", qui se trouve dans la province reculée d'Attapeu, dans le sud du pays, près des frontières cambodgienne et vietnamienne, a précisé Korea Western Power.

Des systèmes d'alerte inadéquats

Cette catastrophe "révèle l'inadéquation des systèmes d'alerte" et "soulève d'importantes questions sur la sécurité des barrages au Laos, y compris leur pertinence pour faire face aux conditions météorologiques", dans ce pays frappé chaque année en cette saison par des pluies de mousson, a déploré Maureen Harris, spécialiste des barrages laotiens pour l'ONG International Rivers.

Des images aériennes postées par la chaîne locale ABC Laos montrent une zone totalement inondée qui recouvre les habitations et la jungle sur un vaste périmètre.

Des familles, de l'eau boueuse jusqu'aux genoux, évacuent les lieux avec les quelques objets qu'elles ont pu sauver, selon les images diffusées par les médias locaux, tous contrôlés par l'Etat. D'autres habitants attendent les secours sur le toit de leur maison, à proximité d'un temple bouddhiste partiellement submergé.

La zone sinistrée est entourée d'une forêt dense, compliquant les opérations.

Le barrage devait commencer à fournir de l'électricité en 2019

La structure qui s'est effondrée, "Saddle Dam D", fait partie d'un réseau de plusieurs barrages. Ce projet d'énergie hydroélectrique, de plus d'un milliard de dollars, implique des entreprises laotiennes, thaïlandaises et sud-coréennes, regroupée dans une coentreprise, la Xe-Pian Xe-Namnoy Power Company's (PNPC).

Le barrage devait commencer à fournir de l'électricité en 2019, dont 90% devait être exportée vers la Thaïlande voisine, le reste devant être distribué sur le réseau local.

Enclavé au coeur de la péninsule indochinoise, le Laos, petit Etat rural et montagneux, ambitionne de devenir "la batterie de l'Asie du Sud-Est".

Selon le site de l'ONG International hydropower association (IHA), plus de 50 projets hydroélectriques sont en cours de développement dans le pays, au grand dam des organisations environnementales qui mettent en avant leur impact sur le Mékong, sa flore et sa faune, sur les populations rurales, souvent déplacées, et sur les économies locales qui en dépendent.

Le pays exporte la majorité de cette énergie notamment vers la Chine, le Vietnam ou la Thaïlande, avides d'énergie.

Des accidents relativement fréquents en Asie

Les effondrements de barrages ou de digues, comparables à celui qui vient de survenir au Laos, sont relativement fréquents en Asie et ont notamment affectés le puissant voisin chinois.

En août 1998, dans la province chinoise du Hubei, des centaines de personnes, dont 150 soldats, avaient trouvé la mort après l'effondrement sur plus de 700 mètres d'une digue, située à proximité du Yangtsé.

Plus de 20.000 personnes avaient été tuées dans ce pays, en août 1975, après la rupture de barrages retenant les réservoirs de Banqiao et Shimantan, dans la province centrale du Henan, une catastrophe qui n'avait été révélé que 24 ans plus tard.

N.Ga., avec AFP