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Avortement: le gouvernement espagnol retire son projet de loi controversé

Manifestation contre le projet du gouvernement à Madrid, le 8 mars 2014.

Manifestation contre le projet du gouvernement à Madrid, le 8 mars 2014. - Javier Soriano - AFP

Le gouvernement espagnol revient sur ce projet controversé, qui réduit considérablement le droit à avorter.

Reconnaissant ne pas être parvenu à aplanir la polémique qui avait surgi, jusqu'au sein de son parti conservateur, à l'annonce de son projet de loi sur l'avortement, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a finalement reculé mardi et retiré le texte.

"Nous allons continuer à étudier les voies qui permettront à la réforme d'être mieux acceptée mais pour l'instant, j'estime avoir pris la décision la plus sensée", a déclaré Mariano Rajoy.

C'est à la volée, devant les micros qui le suivaient sur un évènement protocolaire, que le dirigeant a sonné le glas d'un projet adopté en Conseil des ministres il y a neuf mois, qui a provoqué une levée de boucliers à gauche et au centre, en Espagne et même au-delà.

Projet de loi controversé

Ce projet n'autorisait l'avortement qu'en cas de danger prouvé pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, ou après un viol, mais excluait les cas de malformation du foetus comme motif valable.

Selon la loi actuelle, votée sous le gouvernement socialiste en 2010, les femmes en Espagne peuvent avorter jusqu'à 14 semaines de grossesse.

Finalement, le gouvernement conservateur ne retouchera que l'un des points les plus polémiques du texte, celui qui permettait aux mineures d'avorter sans autorisation de leurs parents. "Pour l'instant nous pouvons modifier la loi pour que ces jeunes de 16 ou 17 ans ne puissent pas le faire sans l'accord de leurs parents", a indiqué Mariano Rajoy mardi.

Appels à la démission

L'opposition de gauche et les associations de défense de la femme se sont aussitôt félicitées, le sujet arrivant au sommet des thèmes les plus débattus sur Twitter en Espagne. Tous réclamaient la démission du porteur du projet, le ministre de la Justice Alberto Ruiz Gallardon qui affirmait encore récemment que la loi serait adoptée avant la fin de l'été.

"La loi sur l'avortement de Gallardon est retirée grâce à la lutte de tous", se réjouissait le chef des socialistes, Pedro Sanchez.

"C'est une bonne nouvelle pour l'Espagne ainsi que pour les pays voisins", réagissait Isabel Serrano, porte-parole d'une plateforme pour l'avortement "Decidir nos hace libre" ("Décider nous rend libres"). "Nous revenons au point que nous n'aurions jamais dû quitter: au cadre européen où l'on respecte la décision de la femme et surtout où l'avortement se fait dans des conditions sûres et égalitaires", ajoutait-elle.

Si une réforme de la loi sur l'avortement était l'une des promesses électorales phare des conservateurs du Parti populaire (PP) en 2011, leur programme n'en détaillait pas le contenu.

A. K. et V.R. avec AFP