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Russie: Moscou classe "agent de l'étranger" le dernier institut de sondages indépendant

Vladimir Poutine, en mars 2014.

Vladimir Poutine, en mars 2014. - Alexey Nikolsky - Ria Novosti Pool - AFP

L'institut de sondages indépendant Levada, unique en Russie, a suspendu ses activités lundi après avoir reçu la notification d'"agent de l'étranger", par Moscou. Une mesure qui intervient quelques jours avant les élections législatives russes.

Il était l'unique institut d'études sociologiques libre en Russie. Le centre de sondages Levada a suspendu ses activités en début de semaine, après avoir été enregistré en tant qu'"agent de l'étranger" par la justice russe. C'est son directeur, Lev Goudkov, qui en a lui-même fait l'annonce, estimant qu'il était "pratiquement impossible" pour Levada de continuer son travail sous cette dénomination controversée attribuée par Moscou. 

Etiquette contraignante

Cette étiquette est attribuée aux ONG recevant des fonds de l'étranger et rappelle la manière dont les autorités soviétiques qualifiaient les dissidents. Concrètement, elle contraint les organismes concernés à mentionner cette dénomination sur tous leurs documents et communications, explique Le Monde

La justice russe a pris cette décision à la suite d'un contrôle effectué par ses services au sein des locaux de Levada. L'institut a été informé de la sanction le 5 septembre. Ce même jour, c'était au tour de l'ONG internationale Memorial, qui travaille sur la répression exercée par le régime soviétique et défend les droits de l'homme, de voir ses locaux "visités". Selon Le Monde, l'association devrait connaître le même sort que Levada dans les prochains jours. 

Des législatives dans dix jours

La qualification d'"agent de l'étranger" de l'institut Levada n'intervient pas totalement au hasard dans le calendrier. Le 18 septembre prochain se tiendront en effet des élections législatives en Russie, pour élire les 450 membres de la Douma. 

"Prendre pour cible les activités du centre Levada, la principale organisation non gouvernementale de sondages et de sociologie en Russie, est particulièrement inquiétant avant les élections législatives du 18 septembre", a souligné dans un communiqué la Commission européenne.

Ce centre, connu en Russie comme à l'étranger pour son indépendance et le sérieux de ses études, a été créé en 2003 par le sociologue Iouri Levada, mort trois ans plus tard. Directeur depuis 1988 de l'institut de sondages public Vtsiom, Iouri Levada s'était alors opposé à la décision de l'Etat de reprendre sous son contrôle Vtsiom, estimant que l'objectif était d'éviter la publication d'enquêtes d'opinion défavorables au pouvoir.

Une centaine d'ONG déjà cataloguées

En 2012, la Russie a voté une loi obligeant les ONG qui reçoivent un financement étranger et ont une "activité politique" à s'enregistrer en tant qu'"agent de l'étranger" et à s'afficher en tant que tel dans toute communication ou activité publiques. Le terme d'"agent de l'étranger" était appliqué à l'époque stalinienne aux opposants réels ou supposés, mais il était aussi employé par les autorités soviétiques dans les années 1970 et 1980 pour qualifier les dissidents, accusés d'être à la solde de l'Occident.

Cette loi a été complétée par une autre signée en mai dernier par le président Vladimir Poutine qui permet de désigner des organisations étrangères actives en Russie comme "indésirables". Elles peuvent ensuite être interdites, qu'il s'agisse d'ONG, de fondations ou d'entreprises.

Depuis, une centaine d'ONG ont été dénoncées comme "agent de l'étranger", parmi lesquelles beaucoup d'organisations qui s'occupent des droits de l'Homme mais aussi, de manière plus inattendue, des associations d'écologistes ou des groupes de photographes amateurs.

Adrienne Sigel, avec AFP