BFMTV

Russie: les attentats liés aux JO de Sotchi?

Les corps de victimes de l'attentat perpétré dans la gare de Volgograd gisent sur le sol, dimanche 29 décembre.

Les corps de victimes de l'attentat perpétré dans la gare de Volgograd gisent sur le sol, dimanche 29 décembre. - -

Un second attentat suicide a été perpétré ce lundi matin à Volgograd, dans le sud-ouest de la Russie, au lendemain de l'explosion qui a fait 17 morts dans la gare de la ville.

Deux explosions en deux jours. La ville de Volgograd a été de nouveau frappée par un attentat, ce lundi, moins de 24 heures après une attaque suicide perpétrée dans la gare centrale de cette ville située dans le sud-ouest de la Russie, à proximité de la région sensible du Nord-Caucase, et qui a fait 17 morts selon un dernier bilan. Pourquoi cette ville a-t-elle étévisée? Qui est à l'origine de ces attaques rapprochées? BFMTV.com fait le point.

> Où se sont produits les deux attentats?

Les deux attaques se sont produites à Volgograd, ville de plus d'un million d'habitants connue comme l'ancienne Stalingrad, située à 905 kilomètres au sud de Moscou et à proximité de la région très sensible du Caucase russe. Dimanche, aux alentours de 12h45 (heure locale), soit 9h45 (heure française), une explosion a retenti dans le hall de la principale gare de la ville, soufflant les fenêtres des premiers étages du bâtiment en briques et faisant 17 morts. Selon les premiers éléments de l'enquête, l'explosion, très puissante, s'est produite juste avant les détecteurs de métaux installés à l'entrée de la gare, qui était remplie de voyageurs à ce moment-là, et aurait été déclenchée par une femme kamikaze.

Lundi, un autre attentat suicide a de nouveau été perpétré dans la ville, peu avant 8h30 locales, cette fois-ci contre un trolleybus, entraînant la mort de 14 personnes. Selon les enquêteurs, l'engin explosif, qui ressemble à celui utilisé la veille, "a été déclenché par un kamikaze de sexe masculin".

> Existe-t-il un lien entre ces attaques?

Le mode opératoire, la cible similaire, mais aussi le modèle et la puissance des explosifs sont autant d'éléments qui confirment l'existence d'un "lien entre les deux attentats", toujours selon les enquêteurs russes, pour qui le lieu et l'heure des attentats n'ont pas été choisis au hasard. Ce week-end marquait en effet le début des festivités du Nouvel An pour de nombreux Russes. Selon une journaliste de RFI sur Twitter, la gare de Volgograd était bondée au moment de l'attentat en raison de la fermeture de l'aéroport après des pluies glaciales qui se sont abattues sur la région.

Le trolleybus visé lundi faisait quant à lui partie de la ligne 15A, particulièrement fréquentée en heure de pointe, notamment par des étudiants. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Volgograd est visée par des attentats. Ainsi, en octobre dernier, une femme originaire du Daguestan s'était déjà fait exploser dans un bus, faisant cinq morts.

> Par qui ont-elles été commanditées?

Si, pour l'heure, aucune des deux attaques de ces dernières heures n'a été revendiquée, la piste du terrorisme caucasien semble privilégiée à ce stade de l'enquête. La femme-kamikaze à l'origine de l'explosion de la gare, dimanche, nommée Oksana Aslanova, a été présentée comme une "veuve noire", mariée deux fois à des rebelles tués par les forces russes. Apparues pour la première fois en 2002 lors de la prise d'otages au théâtre de la Doubrovka, à Moscou, les veuves noires ont, depuis, commis plusieurs attentats meurtriers et sont devenues les armes privilégiées de la rébellion islamiste caucasienne issue des trois républiques autonomes que sont le Daguestan, l'Ingouchie et la Tchétchénie.

"Après deux guerres en Tchétchénie d'une immense violence, on assiste à une diffusion de la violence dans l'ensemble du Nord-Caucase avec une constellation d'unités islamistes clandestines qui fonctionnent sous le nom de Jamaat", explique ainsi Aude Merlin, spécialiste de la Russie, interrogée par BFMTV. Depuis 1999, plus de 900 personnes sont mortes en Russie, dans des attentats perpétrés par divers groupes terroristes, aussi bien les commandos tchétchènes, que les veuves noires ou encore des Russes convertis à un islam radical et ayant rejoint les rangs d'Al-Qaïda.

> Ces nouveaux attentats sont-ils liés aux JO de Sotchi?

Alors que les Jeux olympiques d'hiver doivent débuter le 7 février à Sotchi, dans le sud-ouest du pays, ces attentats tombent mal pour la Russie, qui a d'ores et déjà annoncé un renforcement de la sécurité sur l'ensemble de son territoire. Selon des experts russes cités par l'AFP, le lien entre ces attaques et l'ouverture prochaine des JO est "évident" et ils portent, selon eux, la marque des rebelles caucasiens qui cherchent à instaurer une atmosphère de terreur à l'approche de la compétition sportive, dans une zone déjà très instable et marquée par de nombreuses guerres civiles.

"Le chef de la rébellion islamiste du Caucase, Dokou Oumarov, a appelé, le 3 juillet dernier, à torpiller l'organisation des Jeux. Il a appelé les combattants clandestins à mener des actes qui pourraient nuire à la tenue des JO", rappelle Aude Merlin. Quant au choix de Volgograd, il pourrait s'expliquer très simplement: la surveillance de plusieurs grandes villes de Russie, y compris celle-ci, a été relâchée, au profit de Sotchi, où d'importantes mesures de sécurité ont été mises en place, à tel point que la station balnéaire s'est transformée en véritable bunker particulièrement difficile d'accès pour les terroristes.

Adrienne Sigel