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Des Rohingyas racontent un massacre dans leur village en Birmanie

Un camp de réfugiés rohingyas au Bangladesh le 9 septembre 2017

Un camp de réfugiés rohingyas au Bangladesh le 9 septembre 2017 - Munir Uz Zaman-AFP

Des Rohingyas témoignent de l'horreur. L'AFP a interviewé une dizaine d'habitants d'un village birman qui ont réussi à trouver refuge à Bakukhali, vaste bidonville du Bangladesh. Ils font un récit effrayant d'événements qui se sont passés le 25 août dernier. 

Des soldats birmans ont barré l'accès à la mosquée, des hommes sont arrivés armés de machettes et de bidons d'essence et c'est là, selon les témoignages de ces Rohingyas, que les tueries ont commencé.

"Ceux qui couraient ont été tués à coups de machette. D'autres sont tombés sous les balles de l'armée", raconte un enseignant de 53 ans, l'un des survivants du massacre survenu dans le village d'Aung Sit Pyin, dans l'État Rakhine, dans le nord-ouest de la Birmanie.

"Ils brûlaient les maisons"

Ce jour-là, des rebelles rohingyas ont attaqué plusieurs postes de police, déclenchant une vague de répression qui a poussé à l'exode près de 300.000 membres de cette minorité musulmane, sur une population totale d'environ un million. "Ils brûlaient les maisons. Nous avons pris la fuite pour avoir la vie sauve", ajoute l'enseignant, qui assure avoir vu trois de ses voisins être tués. 

La minorité rohingya accuse l'armée birmane et des bouddhistes extrémistes de ce pays à majorité bouddhiste d'être responsables des violences. Mais les témoignages des Rohingyas sont difficiles à vérifier car l'accès à l'État Rakhine est restreint.

Le gouvernement birman accuse les rebelles rohingyas d'avoir commis des atrocités, y compris en incendiant leurs propres villages -ce que l'ONU met en doute- et en tuant des civils soupçonnés de collaboration avec l'armée.

"Je n'ai jamais vu une telle violence"

Un paysan de 66 ans dont le père était chef de village explique que sa famille vivait à Aung Sit Pyin depuis trois générations.

"C'est la première fois que nous fuyons. Je n'ai jamais vu une telle violence", dit l'homme. Quand les tirs ont éclaté, il a couru se cacher dans la jungle, traversant une rivière pour échapper aux soldats qui traquaient les civils. "De l'autre côté de la rivière, j'ai vu que tout brûlait".

Selon l'armée birmane, au moins 400 personnes, pour la plupart des rebelles, ont été tuées dans les violences. Mais l'ONU estime que ce chiffre est sous-estimé et parle de plus d'un millier de tués. D'autres villages auraient été le théâtre de massacres.

"Je croyais que j'allais mourir"

D'autres réfugiés sont arrivées avec ce qui semble être des blessures par balles. Certains ont perdu des membres, victimes, disent-ils, de mines qui auraient été posées pour dissuader les réfugiés de revenir. Un garçon de 12 ans raconte que ses cinq frères aînés ont été abattus à la mitrailleuse en fuyant. Il a à l'épaule une cicatrice de la taille d'une petite pièce de monnaie, témoignage d'un éclat de balle. 

"On était tous ensemble et tout d'un coup ils ont commencé à tirer. Je n'ai pas pu regarder en arrière car je croyais que j'allais mourir. Quand je me suis caché, je me suis rappelé de tout. J'ai commencé à pleurer".

Les Rohingyas vivent en Birmanie depuis des générations pour certains. Mais les Birmans les considèrent comme des Bangladais, ce qui en fait la plus importante population apatride au monde. Le Bangladesh, qui est un pays très pauvre, fait face depuis deux ans à l'arrivée de centaines de milliers de Rohingyas.

C.H.A. avec AFP