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La Corée du Nord annule une visite de Ban Ki-moon

Le leader nord-coréen Kim Jong-un, en mai 2015.

Le leader nord-coréen Kim Jong-un, en mai 2015. - KNS - KCNA - AFP

Après avoir appelé le régime nord-coréen à éviter toute escalade militaire dans la péninsule coréenne, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon a vu la visite historique qu'il devait effectuer en Corée du Nord annulée au dernier moment par les autorités de Pyongyang.

La réaction de Pyongyang est sans appel. La Corée du Nord a annulé à la dernière minute ce mercredi une visite de Ban Ki-moon, qui devait être la première d'un secrétaire général des Nations unies depuis plus de 20 ans, a annoncé le diplomate, déplorant une décision "très regrettable".

Annulation d'une visite historique

Ce revirement intervient au lendemain d'une exhortation de Ban Ki-moon au régime nord-coréen à s'abstenir de tout geste susceptible d'aggraver les tensions militaires sur la péninsule. Pyongyang ne laisse jamais sans réponse les déclarations de responsables étrangers lui imputant directement ou indirectement la responsabilité d'une éventuelle escalade.

En visite mardi à Séoul, Ban Ki-moon avait dit craindre "une nouvelle course aux armements et un accroissement des tensions à travers la région" après que le Nord eut revendiqué le tir d'essai réussi d'un missile balistique depuis un sous-marin (MSBS), en violation de résolutions des Nations unies.

Ban Ki-moon avait annoncé par la même occasion qu'il se rendrait jeudi dans la zone d'activité intercoréenne de Kaesong, du côté nord-coréen de la frontière entre les deux Etats rivaux. Il devait être ainsi le premier secrétaire général de l'ONU à poser le pied en Corée du Nord depuis une visite en 1993 de Boutros Boutros-Ghali.

"Aucune explication"

Or "tôt ce matin, les autorités de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord, NDLR) nous ont informés par les voies diplomatiques qu'elles étaient revenues sur leur décision de me faire visiter le complexe industriel de Kaesong", a déclaré Ban Ki-moon au cours d'un forum dans la capitale sud-coréenne. 

"Aucune explication n'a été donnée pour ce changement de dernière minute (...) très regrettable", a-t-il ajouté.

Le ministère sud-coréen de l'Unification, chargé des relations intercoréennes, a lui aussi exprimé ses "regrets". "Le gouvernement exhorte la Corée du Nord à se détourner du chemin de l'isolement et saisir la main tendue par les Nations unies et la communauté internationale", a indiqué un porte-parole du ministère.

Zone stratégique

Contrairement à Boutros Boutros-Ghali, qui avait rencontré le dirigeant Kim Il-Sung pour discuter de la course au nucléaire, Ban Ki-moon ne devait pas s'entretenir avec des hauts responsables à Kaesong. Située en Corée du Nord à une dizaine de kilomètres de la frontière, la zone industrielle de Kaesong emploie 53.000 Nord-Coréens dans 120 entreprises manufacturières sud-coréennes.

Pour les entreprises sud-coréennes, s'y installer représente la possibilité d'employer du personnel à bon compte, parlant le coréen, ainsi que d'obtenir des prêts à taux préférentiels et des remises d'impôts. La zone industrielle est par ailleurs une précieuse source de devises pour la Corée du Nord, qui conserve les salaires en devise forte versés à ses ressortissants. 

Pyongyang avait cependant fermé le site au printemps 2013 pendant cinq mois, au plus fort de la dernière vague des tensions dans la péninsule, après un troisième essai nucléaire conduit par le Nord en violation des résolutions de l'ONU.

Ban Ki-moon, qui avait visité le complexe en 2006 alors qu'il dirigeait la diplomatie sud-coréenne, avait salué cette semaine un modèle de coopération "gagnant-gagnant" pour les deux Corée. 

Menace nucléaire

Au-delà de récentes frictions entre Pyongyang et Séoul sur les salaires des ouvriers de Kaesong, les tensions ont été une énième fois ravivées sur la péninsule avec l'annonce par Pyongyang d'un tir de missile MSBS. Si la Corée du Nord parvenait à se doter d'un programme MSBS pleinement opérationnel, la menace nucléaire qu'elle représente s'en trouverait considérablement accrue: Pyongyang pourrait déployer ses armes bien au-delà de la péninsule et disposerait de capacités de représailles en cas d'attaque nucléaire.

Ban Ki-moon a répété ce mercredi qu'il n'y aurait de règlement durable des tensions qu'à condition que Pyongyang se conforme pleinement aux résolutions du Conseil de sécurité et revienne à la table des négociations.

Les pourparlers à six (Corée du Nord, Corée du Sud, Japon, Etats-Unis, Chine et Russie), suspendus depuis décembre 2008, visent à obtenir de Pyongyang l'abandon de son programme d'armements nucléaires en échange d'avantages économiques et diplomatiques, et de garanties pour sa sécurité.
A.S. avec AFP