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Corée du Nord: la propagande passe (aussi) par le web

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un.

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un. - -

Tout en poursuivant son escalade verbale contre les États-Unis et la Corée du Sud, Pyongyang diffuse, chaque jour, images et vidéos de propagande sur Internet.

Les images se veulent terrifiantes. Sur la vidéo de quelques secondes, des soldats chargent des canons, un viseur pointe la Maison Blanche et, dans une grande explosion, le Capitole part en fumée. Le tout sur fond de musique triomphante.

Ce clip a été diffusé lundi 18 mars sur la chaîne YouTube du régime nord-coréen. Avec des comptes sur les réseaux sociaux et un site officiel, le régime de Pyongyang a progressivement pris d’assaut le web, et s’en sert comme d’un nouveau moyen de diffuser son idéologie hors de ses frontières. Décryptage de ce glissement vers une propagande 2.0.

> Site et réseaux sociaux

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La Corée du Nord a mis en ligne son agence de presse d’Etat, Korean News, dont les communiqués sont disponibles en anglais, ainsi qu'un site officiel du régime, Uriminzokkiri ("notre nation", en coréen), traduit en anglais, russe et chinois, géré par le Comité pour la Réunification pacifique de la Corée, un département de la propagande.

Mais à côté de ces supports numériques basiques, Pyongyang s'est lancé, à l'été 2010, sur les principaux réseaux sociaux: un compte Flickr, un compte Twitter (@uriminzok), qui affiche 18.200 abonnés et propose des liens vers les posts du site officiel, ainsi qu'une page Facebook affichant plus de 4.000 "j'aime", mais quelque peu délaissée depuis 2010.

Une fanpage consacrée à Kim Jong-un a également été lancée début 2011. Le nombre important d'albums photo alimentés de photos du leader créditées KCNA, l'agence de presse du régime, ainsi que la régularité des posts, peuvent laisser croire que ce profil est officiel et qu'il a pris le relai sur l'ancienne page.

> Près de 6.000 vidéos sur Youtube

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Mais c'est encore sur Youtube que le régime est le plus actif et le plus suivi. Plusieurs vidéos, vraisemblablement tirées de la propagande diffusée à la télévision nord-coréenne, sont mises en ligne chaque jour sur la chaîne Uriminzokkiri. Lancée le 14 juillet 2010, elle rassemble, en ce début avril 2013, 5.930 vidéos, pour un total de 8.700 abonnés et plus de 8 millions de vues.

Côté contenu: rien de bien nouveau. On y trouve une alternance de clips de propagande vantant les mérites du régime communiste, d'images d'exercices militaires et de montages grossiers fustigeant l'ennemi américain.

> Vitrine internationale

La Corée du Nord se sert de ce nouveau canal comme d'une vitrine pour diffuser sa guerre de propagande contre les Etats-Unis et la Corée du Sud, mais aussi pour faire la démonstration de ses capacités militaires, et ce en dehors des frontières numériques du pays, où les habitants n'ont accès qu'à un intranet.

"L’idée est de toucher l’opinion publique internationale et de renforcer l'influence du régime à l'extérieur", analyse Pierre Rigoulot, spécialiste de la Corée du Nord. Un moyen, également, de contourner la censure de Séoul sur le web sud-coréen, qui interdit l'accès aux sites du Nord.

> Un appel à la parodie

Une offensive 2.0 qui n'a rien d'étonnant pour François-Bernard Huygue, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de cyberstratégie. "Il n'y a pas un seul gouvernement ou une seule armée, de nos jours, qui n'ait pas ouvert de compte sur les réseaux sociaux, ne serait-ce que pour y dire des choses extrêmement banales", explique-t-il à BFMTV.com.

Mais cette stratégie n'est pour autant pas synonyme d'efficacité. Plus que la peur, ces vidéos suscitent surtout les moqueries des internautes occidentaux. "Les Nord-Coréens sont complètement coupés de la réalité, il y a un décalage culturel effroyable", poursuit François-Bernard Huygue. "Tout cela est complètement grossier et appelle la parodie", ajoute-t-il.

> Une armée de hackers?

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Kim Jong-un a donc poussé la stratégie numérique développée à la fin du règne de son père. Depuis quelques temps, les soupçons d'existence, à Pyongyang, d'une armée de hackers, qui se serait chargée d'attaquer à plusieurs reprises le web sud-coréen, se renforcent. "Il faut cesser de croire qu'ils sont nuls sur le plan informatique", met en garde Pierre Rigoulot.

François-Bernard Huygue est, lui, plus partagé sur la question. "Est-ce que l'on peut, dans un pays où il y a peu d'universités, peu d'élites scientifiques et pas de contact avec l'extérieur, se construire une élite de geeks? Peut-être, même si cela paraît étrange. Mais on peut aussi tout à fait imaginer qu'ils font venir des pirates informatiques russes et chinois pour mener ces cyber-attaques", estime-t-il.

Les développements informatiques du régime n'ont en tout cas pas permis d'empêcher le dernier piratage des Anonymous, la semaine dernière. Pour l'heure, le contrôle ne semble toujours pas avoir été repris sur le compte Twitter. Le compte Flickr, lui, n'existe plus.

Adrienne Sigel