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Birmanie: la police tire sur des manifestants, deux morts et une trentaine de blessés

Des manifestants birmans montrent les munitions qu'ils ont ramassées lors de la manifestation à Mandalat, samedi 20 février 2021

Des manifestants birmans montrent les munitions qu'ils ont ramassées lors de la manifestation à Mandalat, samedi 20 février 2021 - STR - AFP

La répression des manifestants birmans, trois semaines après le coup d'État réalisé par la junte militaire, s'est gravement accentuée ce samedi.

Deux manifestants ont été tués et une trentaine blessés ce samedi à Mandalay, dans le centre de la Birmanie, par des tirs des forces de l'ordre lors d'un rassemblement anti-junte, les violences les plus sévères depuis le coup d'Etat du 1er février.

Plusieurs centaines de policiers ont été déployés dans l'après-midi sur un chantier naval de la deuxième ville du pays, faisant craindre des arrestations d'employés mobilisés contre le coup d'Etat. Des manifestants ont tapé sur des casseroles pour tenter d'empêcher les interpellations, certains jetant des projectiles sur la police qui a ensuite tiré.

"Deux personnes sont mortes, dont un mineur qui a reçu une balle dans la tête", a indiqué Hlaing Min Oo, chef d'une équipe de secouristes volontaires.

Sur une vidéo postée sur Facebook, le jeune homme apparait couché sur le sol, saignant de la tête alors qu'un passant place la main sur sa poitrine pour estimer si son coeur bat encore.

Une dizaine de personnes interpellées ce samedi

Selon les secours, "la moitié des victimes ont été visées par des tirs à balles réelles", les autres ont été blessées par des munitions en caoutchouc et des tirs de lance-pierres. Les tirs à balles réelles ont également été confirmés par des médecins travaillant sur le terrain, sous couvert d'anonymat par crainte de représailles. Dans une vidéo postée en direct sur Facebook par un témoin, des coups de feu résonnent régulièrement.

Plus d'une dizaine de personnes ont été interpellées, d'après des médias locaux. "Ils ont frappé et tiré sur mon mari et sur d'autres", a affirmé à l'Agence France-Presse (AFP) une habitante en pleurs.

"Il ne faisait que regarder, mais les soldats l'ont emmené."

Sollicitée, la police n'était pas disponible pour faire de commentaires.

Cette escalade de la violence intervient au lendemain de la mort d'une jeune épicière de 20 ans, Mya Thwate Khaing, blessée par balles le 9 février. La junte au pouvoir depuis le coup d'Etat ne cesse d'accentuer la pression sur le mouvement pro-démocratie.

Malgré cela, plusieurs milliers de contestataires, dont des représentants des nombreuses minorités ethniques en costume traditionnel, sont de nouveau descendus samedi dans les rues de Rangoun, la capitale économique. Ils réclament le retour du gouvernement civil, la libération des détenus et l'abolition de la Constitution très favorable aux militaires.

La junte au pouvoir reste inflexible

Près de trois semaines après le putsch qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi et mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans, le concert de protestations internationales et l'annonce de nouvelles sanctions n'infléchissent pas les généraux. Les connexions internet ont été quasiment coupées pour la sixième nuit consécutive, avant d'être restaurées dans la matinée.

Les interpellations se poursuivent avec près de 550 personnes arrêtées (responsables politiques, fonctionnaires grévistes, moines, activistes...), d'après une ONG d'assistance aux prisonniers politiques. Seules une quarantaine ont été relâchées. Les manifestations ont rassemblé ces deux dernières semaines des centaines de milliers de Birmans à travers tout le pays, un vent de fronde inédit depuis "la révolution de safran" en 2007, réprimée dans le sang par l'armée.

Jé. M. avec AFP