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Qui est Stephen Bannon, le  sulfureux futur chef de la stratégie de la Maison Blanche?

Steve Bannon dans le lobby de la Trump Tower, à New York, le 11 novembre 2016.

Steve Bannon dans le lobby de la Trump Tower, à New York, le 11 novembre 2016. - Drew Angerer - Getty images North America - AFP

Le président élu Donald Trump a confié ce week-end à celui qui était le directeur général de sa campagne et patron du site d'informations ultra-conservateur Breitbart News le poste de "haut conseiller et chef de la stratégie". Un choix décrié jusque dans le camp républicain.

L'an dernier, une enquête de l'agence Bloomberg l'avait qualifié de personnalité politique "la plus dangereuse" d'Amérique, il en est désormais l'une des plus puissantes. Le président élu des Etats-Unis Donald Trump s'est adjoint ce week-end un "haut conseiller et chef de la stratégie" de la Maison Blanche en la personne de Stephen Bannon, le directeur général de son équipe de campagne et sulfureux patron du site d'informations ultra-conservateur Breitbart News.

Donald Trump a annoncé dimanche la nomination de cet homme de 62 ans, en même temps que celle du président du parti républicain Reince Priebus comme secrétaire général de la Maison Blanche, qui lui orchestrera toute l'administration du futur 45e président américain.

"Steve et Reince sont des dirigeants très qualifiés qui ont bien travaillé ensemble pendant la campagne et nous ont menés à une victoire historique", a commenté le milliardaire dans un communiqué de son équipe de transition, où les deux hommes semblent présentés sur un pied d'égalité. "Maintenant je les aurai tous les deux avec moi à la Maison Blanche où nous allons travailler à rendre l'Amérique meilleure", y est-il encore écrit.

Un choix décrié y compris chez les républicains

Steve Bannon a pour sa part indiqué qu'il travaillerait en "partenariat" avec Reince Priebus comme pendant la campagne "pour aider à mettre en œuvre le programme du président élu".

Mais ce choix n'a pas manqué de faire grincer des dents, y compris chez les républicains. "L'extrême droite raciste et fasciste est représentée à quelques pas du Bureau ovale. Sois très vigilante, l'Amérique", a ainsi réagi John Weaver, un conseiller du gouverneur républicain de l'Ohio John Kasich.

Dan Pfeiffer, un ex-conseiller de Barack Obama, ironise: "La nation soupire (de soulagement, Ndlr) alors qu'un nationaliste blanc ne reçoit que le deuxième boulot le plus important au sein de la Maison Blanche", a-t-il écrit sur Twitter.

Porte-voix de l'"alt-right"

Tour à tour officier dans la Navy, financier chez Goldman Sachs, producteur à Hollywood puis roi des médias américains tendance droite dure, Stephen Bannon est relativement nouveau dans le milieu conservateur.

Son expérience du site d'information conservateur Breitbart News en fait un important porte-voix de l'"alt-right", un mouvement qui rassemble des nationalistes blancs anti-immigrés et des personnes farouchement opposées à "l'establishment" politique.

Homme de l'ombre, Stephen Bannon n'avait rejoint l'équipe de campagne de Donald Trump qu'en août à la faveur d'un remaniement de l'équipe, se mettant en congés de Breitbart. Sa nomination dans la campagne avait été vécue comme une provocation par un "establishment" républicain de plus en plus inquiet, qu'il critique sans concession.

Patron d'un site "extrémiste, sectaire et complotiste"

Agitateur populiste, Bannon est aussi un critique acharné d'Hillary Clinton, son site relayant rumeurs et accusations contre la démocrate. 

Breitbart "n'est pas simplement (un site) conservateur, mais extrémiste, sectaire, colporteur de théories du complot anti-musulmans et antisémites" avait dénoncé en août l'équipe de campagne d'Hillary Clinton. Ils "n'ont jamais été et ne devraient jamais être près des leviers du pouvoir dans ce pays".

En guise d'aperçu, voici quelques uns des titres d'articles que l'on peut trouver sur le site: "La contraception rend les femmes indésirables et folles", "Le politiquement correct protège la culture du viol musulmane", "La solution contre le 'harcèlement' en ligne est simple: les femmes devraient se déconnecter", "Les transexuels pleurnichent à propos d'un panneau publicitaire hilarant sur Bruce Jenner", "Il n'y pas de discrimination à l'embauche contre les femmes dans la high-tech, elles sont justes nulles en entretien", etc.

Offre de services de Marion Maréchal-Le Pen

En France, la députée Front national Marion Maréchal-Le Pen a proposé ce week-end à Stephen Bannon de "travailler ensemble". "Je réponds oui à l'invitation de Stephen Bannon, directeur de la campagne Trump, à travailler ensemble" a écrit la nièce de Marine Le Pen dans un tweet samedi, diffusé d'abord en anglais puis en français.

Le patron de Breitbart News, qui entretient des liens avec des mouvements d'extrême droite européens, avait fait part cet été de son intention de s'implanter dans l'Hexagone.

Stephen Bannon avait déclaré début juillet au site radio-londres.fr: "Nous pensons que la France est l’endroit où il faut être. Avec ses jeunes entrepreneurs, les femmes de la famille Le Pen... Marion Maréchal-Le Pen est la nouvelle étoile montante. Nous cherchons à ouvrir un Breitbart Paris, voire un Breitbart France."

Violette Robinet avec AFP