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Un enregistrement révèle les frustrations de John Kerry sur la Syrie

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry.

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry. - Matthew Healey - AFP

Dans l'enregistrement d'une conversation privée diffusé par le New York Times, le chef de la diplomatie américaine explique aux représentants de la société civile syrienne sa frustration au sujet de la réponse apportée par les Etats-Unis au conflit syrien.

Des paroles qui auraient du rester secrètes. Dans un enregistrement publié la semaine dernière par le New York Times, le secrétaire d'Etat américain John Kerry, en discussion avec une organisation de civils syriens, exprime sa frustration que ses initiatives diplomatiques pour mettre un terme au conflit n'aient pas été soutenues militairement par les Etats-Unis, et que son appel à mener une action militaire contre le régime de Damas n'ait pas été entendu.

"Vous ne trouverez personne de plus frustré que nous le sommes"

Cet entretien d'une quarantaine de minutes s'est déroulé en marge de la dernière Assemblée générale des Nations unies, qui se tenait fin septembre à New York.

"Je pense que vous faites allusion à trois ou quatre personnes au gouvernement qui ont tous défendu l'usage de la force, et j'ai perdu", déclare le chef de la diplomatie américaine dans cet enregistrement que le New York Times a diffusé en extraits. "J'ai défendu l'usage de la force (...) mais les choses ont évolué différemment", continue John Kerry. "Le problème est que les Russes ne se soucient pas du droit international", ajoute-t-il encore, avant d'exprimer clairement sa frustration: "Nous essayons de poursuivre l'effort de diplomatie, et je comprends que ce soit frustrant. Vous ne trouverez personne de plus frustré que nous le sommes". 

En faveur de mesures plus fortes, en privé

Le porte-parole du département d'Etat John Kirby n'a pas démenti l'authenticité de l'enregistrement. John Kerry avait poussé en privé le président Barack Obama à prendre des mesures plus fortes en Syrie, pour soutenir les initiatives diplomatiques internationales et pousser Bach al-Assad vers la sortie afin de mettre fin à la sanglante guerre civile.

Mais le chef de la diplomatie américaine faisait toujours attention en public à présenter un front uni avec la Maison Blanche, surtout dans ses efforts avec Moscou pour contenir les forces syriennes et trouver un espace de dialogue politique.

En 2013, un discours offensif

En août 2013, après qu'Assad eut été accusé d'avoir utilisé des armes chimiques contre des civils, John Kerry avait tenu un discours offensif qui semblait augurer de représailles militaires américaines. Mais Obama y avait finalement renoncé quelques heures plus tard.

John Kerry fait référence à ce discours dans l'enregistrement mais fait porter au Congrès la responsabilité de refuser l'usage de la force contre Assad. "Nous essayons de poursuivre la diplomatie, et je comprends que ce soit frustrant. Personne n'est plus frustré que nous", a déclaré M. Kerry aux civils syriens.

Adrienne Sigel, avec AFP