BFMTV

Primaires républicaines: vers une convention "contestée"?

Lors de la convention nationale du parti républicain, en août 2012, à Tampa, en Floride.

Lors de la convention nationale du parti républicain, en août 2012, à Tampa, en Floride. - Mark Wilson - Getty Images North America - AFP

INFOGRAPHIE ANIMEE - Le grand rendez-vous de la convention nationale du parti républicain, qui doit se tenir du 18 au 21 juillet à Cleveland, dans l'Ohio, pourrait être chamboulé par un scénario exceptionnel, si aucun des candidats en lice, Donald Trump, Ted Cruz et John Kasich, n'atteint la majorité absolue de délégués d'ici là.

La primaire républicaine de mardi, dans le Wisconsin, est définitivement venue semer le doute: et si Donald Trump, qui a accumulé les victoires aux primaires de son parti, avant d’enregistrer plusieurs défaites ces dernières semaines, ne parvenait pas à rassembler les 1.237 délégués nécessaires à son investiture? Outre-Atlantique, le scénario d’une convention dite "contestée", qui viendrait rebattre les cartes, est désormais sérieusement envisagé pour le grand rendez-vous de juillet, à Cleveland. Explications.

Une convention "contestée", qu’est-ce que c’est?

Pour que son investiture s’impose lors de la convention nationale du parti, organisée sur quatre jours en juillet, le candidat républicain doit avoir acquis la majorité absolue de 1.237 délégués au cours des cinq mois de primaires (2.383 pour les démocrates). 

Généralement, le nom du vainqueur, celui qui caracole en tête dans la course aux délégués, est déjà connu plusieurs semaines avant la convention. Celle-ci n’est alors qu’une formalité pour officialiser le candidat chargé de représenter le parti dans la dernière ligne droite, la course à la Maison Blanche.

Si le seuil des 1.237 délégués n’est pas atteint, le parti se dirige vers une convention dite "contestée" ou "ouverte". Sur le papier, le principe semble assez simple: dans une convention contestée, l'investiture se base sur un vote imprévisible des délégués, qui seront libres de voter selon leur préférence personnelle.

Dans les faits, après un premier tour de scrutin au cours duquel les délégués donnent leur voix au candidat pour lequel ils sont tenus de voter (le vainqueur de leur Etat) et qui ne débouche pas sur une majorité absolue, un autre tour se met en place. Mais cette fois, les délégués de certains Etats sont libres d’accorder leur vote à qui bon leur semble. Qu’il s’agisse d’un autre candidat en lice, ou de n’importe quelle autre personnalité politique de leur choix non-candidate. De nouveaux noms peuvent alors émerger. Et les tours s’enchaînent, jusqu’à ce que la majorité absolue soit remportée.

Evidemment, pendant les quatre jours que dure la convention nationale, retransmise à la télévision américaine, l’essentiel du spectacle se joue en coulisses, où les tractations et les arrangements vont bon train. Sous cette forme, la convention nationale devient alors un moment décisif du processus des primaires, alors qu’elle n’en est généralement que le dénouement, déjà joué d’avance. Un scénario exceptionnel, que le Grand Old Party n’a pas connu depuis 1948, mais qui semble désormais plausible après la primaire du Wisconsin.

Lors de la convention nationale du parti républicain de 2012, à Tampa, en Floride.
Lors de la convention nationale du parti républicain de 2012, à Tampa, en Floride. © AFP

Une mauvaise nouvelle pour Trump

Au fur et à mesure de l’avancée des primaires, qui prendront fin le 7 juin, et compte tenu de ses récentes défaites, l'éventualité de voir Donald Trump acquérir les 1.237 délégués avant la date fatidique s’amenuise. Pour parvenir à atteindre ce nombre magique, et ainsi éviter l’épreuve de la convention contestée, le milliardaire, qui en a pour l’heure empoché 740 (contre 500 pour Ted Cruz), doit remporter 60% des délégués encore en jeu, a calculé Libération. Ce qui s’annonce d'ores et déjà compliqué.

Alors qu’il a trusté le haut des sondages pendant de longs mois, la perspective d’une convention ouverte pourrait être un fiasco pour l’homme d’affaires, compte tenu du peu de soutiens dont il dispose au sein du parti, et des polémiques qui entourent sa campagne depuis quelques semaines. Les nouvelles controverses qu'il a suscitées sur l'avortement, l'économie ou l'arme nucléaire ont en effet donné une lueur d'espoir à l’establishment républicain anti-Trump, et à Ted Cruz, qui s’est imposé dans le Wisconsin.

Ainsi, malgré son retard quasi-insurmontable en termes de délégués, le sénateur ultra-conservateur du Texas va chercher à provoquer cette convention contestée, où il se présenterait comme l'homme de consensus anti-Trump. De son côté, la base du parti, qui ne se regroupera pas derrière Ted Cruz, pourra profiter de cette convention ouverte pour faire émerger des candidats "sauveurs".

Les noms de Mitt Romney, candidat républicain à la présidentielle de 2012, face à Barack Obama, et de Paul Ryan, le speaker de la Chambre des représentants, colistier de Romney il y a quatre ans, circulent déjà.

Adrienne Sigel et Olivier Laffargue