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Porte-avion envoyé vers la Corée du Nord: le grand bluff de Trump

Le porte-avion américain USS Carl Vinson, photographié le 2 mars 2017 en mer de Chine.

Le porte-avion américain USS Carl Vinson, photographié le 2 mars 2017 en mer de Chine. - MC3 Brenton Poyser - Navy Media Content Operations (NMCO) - AFP

Selon plusieurs médias américains se basant sur une photo de l'US Navy, le porte-avion américain Carl Vinson, que les Etats-Unis avaient indiqué avoir envoyé dans la péninsule coréenne il y a dix jours, se trouvait en réalité en Indonésie, samedi dernier.

Une provocation qui n'était en fait qu'un énorme coup de bluff? Le 9 avril dernier, trois jours après avoir mené des frappes sur une base de l'aviation syrienne, les Etats-Unis annonçaient, par la voix d'un porte-parole du commandement américain dans le Pacifique, l'envoi du porte-avions USS Carl Vinson vers la péninsule coréenne, accompagné de son escadron aérien, de deux destroyers lanceurs de missiles et de deux croiseurs lanceurs de missiles. 

Direction opposée

L'armée américaine présente alors la manoeuvre comme une "mesure de précaution" face aux annonces de tests de tirs de missiles, et de nouvel essai nucléaire, que brandit alors Pyongyang. Le secrétaire à la Défense Jim Mattis et Donald Trump lui-même confirment dans les jours qui suivent que le vaisseau est en route.

Mais il pourrait s’être agi d’un énorme coup de bluff. Plusieurs médias américains, dont le Washington Post et le New York Times, relaient en effet une photo de l’US Navy montrant que le porte-avion a en réalité pris la direction opposée, pour se trouver le 15 avril en Indonésie, précisément entre les îles de Java et Sumatra, soit bien plus au sud que la péninsule coréenne. Des photos prises un peu plus tard ce même jour montrent le navire dans l'océan Indien, confirmant qu'il se dirige dans le sens inverse.

En fin de semaine dernière, les déclarations du commandement américain et de Donald Trump au sujet de la Corée du Nord et d'une potentielle frappe préventive, avait exacerbé les tensions entre Pyongyang et Washington.

Confusion ou coup de bluff volontaire? 

Après les révélations de la presse, le commandement américain dans le Pacifique a assuré que le vaisseau devait effectuer un entraînement avec l'armée australienne déjà fixé à l'agenda, avant de rejoindre la zone occidentale du Pacifique, comme cela avait été ordonné. 

Confusion ou coup de bluff volontaire? La presse américaine s'interroge en tout cas sur les véritables raisons de ce changement de trajectoire. Cai Jian, un expert du Centre des études coréennes à l'Université de Shanghai, cité par le Washington Post, estime que l'épisode d'escalade verbale envers Pyongyang lancé par Washington faisait partie d'un vaste plan de "guerre psychologique" de la part des Etats-Unis.

"C'est plus qu'un bluff", explique Ross Babbage, un spécialiste américain de la question militaire. "Un bluff suggère que vous n'êtes pas sérieux. Mon analyse est que l'administration américaine est complètement sérieuse. Depuis quarante ans, elle essaye de faire en sorte que les Nord-Coréens fassent marche arrière sur l'arme nucléaire", poursuit-il.

Pour cet expert, la possibilité que l'administration Trump ait décidé de laisser le temps à la Chine de mettre sa propre pression sur Pyongyang, avant d'envoyer effectivement le porte-avion américain sur zone, est un autre scénario plausible.

Cette escalade soudaine était intervenue quelques jours seulement après la rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping à Mar-a-Lago, en Floride. Le secrétaire à la Défense Jim Mattis a indiqué, mardi, que les Etats-Unis et les Chine travaillaient conjointement sur la question de l'abandon de son programme nucléaire par la Corée du Nord. 

Adrienne Sigel