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Ouragan Sandy : comment Obama prend l'avantage sur Romney

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Meetings annulés, vote anticipé perturbé : les deux candidats à la Maison Blanche se retrouvent à gérer une crise imprévue. Dans ce nouvel enjeu crucial pour le scrutin, l’avantage est – pour l’heure – à Obama. Explications.

Qui de Barack Obama ou de Mitt Romney sortira vainqueur de "l’épisode Sandy" ? A une semaine du scrutin présidentiel, qui se déroulera mardi prochain, l'ouragan bouleverse le tempo de la campagne américaine, mise entre parenthèses par les deux candidats.

Un "standby" décrété par Obama lui-même dès lundi. Le président-candidat a d’ores et déjà annulé toutes ses réunions électorales jusqu’à mercredi et reste à Washington pour gérer l’après-Sandy. Le mouvement a été suivi par Mitt Romney, qui a toutefois tenu à maintenir quelques meetings programmés lundi. Car si les sondages donnent l'avantage tantôt à l'un, tantôt à l'autre, une seule chose est sûre pour les deux candidats : jamais gestion d'une telle crise n'a autant pesé sur un scrutin présidentiel aux Etats-Unis.

Sandy ou la "surprise d'octobre"

Avec 8 millions d'Américains privés d'électricité, plusieurs morts à déplorer et près de 20 milliards de dollars de dégâts, Barack Obama et Mitt Romney sont très attendus sur leur capacité à prendre des décisions autour de cette catastrophe, mais aussi à mettre leur statut de candidats en retrait. Un subtil dosage entre communication électorale et pudeur compassionnelle est donc à trouver, pour ne pas risquer la récupération politique et l’erreur fatale à l’approche du 6 novembre.

Les deux camps s’emploient donc à placer la sécurité et l’aide aux victimes comme priorité, à l’heure où devrait pourtant s’engager le sprint final de la campagne. Un contretemps qui pourrait mettre Mitt Romney en mauvaise posture puisque ne pas faire campagne équivaut pour lui à s'effacer devant un Barack Obama sur le front, donc se pénaliser.

Le président et le spectateur

Car dans ce match improvisé, Obama part avec un avantage de poids: celui d’être le président des Etats-Unis en exercice. Ce qui ne laisse que peu de possibilités à Mitt Romney, cantonné au rôle de spectateur, dans l’attente d’une éventuelle erreur - de communication ou de décision - de la part de son rival, sur laquelle il pourrait rebondir.

Signe de sa réticence à mettre de côté à 100% sa campagne : le candidat républicain a transformé un meeting prévu mardi à Kettering, dans l’Ohio, un des Etats-clés du scrutin, en "rassemblement d’aide" aux victimes. Et a annoncé reprendre le cours de sa campagne mercredi, en Floride.

De son côté, Obama joue à fond sa carte de leader du pays face à la crise, faisant savoir, dès mardi à l’aube, qu’il avait été tenu au courant "toute la nuit" de l’avancée et des dégâts de Sandy et alertant les Américains, plus tard dans la journée, sur le fait que la "tempête n'est pas encore finie". "Les Etats-Unis sont avec vous", a assuré le président aux sinistrés, tout en promettant que l'Etat fédéral ferait le maximum pour aider les victimes. Cette posture de capitaine du navire lui a valu les félicitations bienvenues du gouverneur du New Jersey Chris Christie, pourtant fervent supporter de Romney.

"Le président a été formidable. Je lui ai parlé trois fois hier, il m'a appelé la dernière fois à minuit pour me demander ce dont j'avais besoin, et je lui ai demandé d'accélérer la déclaration de catastrophe majeure", a expliqué Chris Christie sur la chaîne MSNBC. Sur CNN, le gouverneur a poursuivi : "Il n'a pas parlé une seule fois des élections, et si lui-même, qui est candidat, n'en parle pas, vous pouvez être sûr que les habitants du New Jersey ne s'y intéressent pas non plus".

L’historienne des Etats-Unis Marie Bolton explique, sur Le Plus, que la présence d’Obama aux côtés des Américains pendant cette épreuve "souligne le rôle interventionniste et social de l’Etat fédéral", cher aux démocrates. Une façon, donc, de faire campagne sans donner l’impression de le faire.

Ne pas reproduire l'épisode Katrina

Pour Obama, l’objectif premier est d’éviter à tout prix de reproduire la gestion désastreuse de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans (Louisiane) par George W. Bush en 2005, qui avait sérieusement entaché sa popularité. En l’absence de la présence de la figure présidentielle et d’une aide fédérale, l’aide alimentaire avait été assurée par un magasin de la chaîne Wal-Mart, rappelle Marie Bolton.

L’épisode Sandy permet donc de mettre en valeur, dans cette dernière ligne droite, l’opposition idéologique entre démocrates et républicains concernant l’intervention fédérale face aux crises. D’un côté, les républicains - et notamment Mitt Romney, qui l’a réaffirmé en juin 2011 - défendent la dissolution du FEMA, l’Agence fédérale chargée des situations de crise, et le transfert de ses compétences aux Etats fédérés. (voir vidéo ci-dessous)

De l’autre, les démocrates et Obama soulignent la performance du FEMA face aux désastres des dernières années et sa puissance dans la gestion des catastrophes naturelles, face auxquelles les Etats fédérés sont complètement dépassés, notamment financièrement.

Avec la gestion de Sandy, Obama a donc l’occasion de prouver que l’Etat fédéral, dans sa conception démocrate, peut-être utile pour aider les populations en temps de crise. Et là encore, le président-candidat marque un point.

Adrienne Sigel