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Obamacare: quand le "shutdown" masque le fiasco du lancement du site

"Nous avons beaucoup de visiteurs sur le site en ce moment. Veuillez, s'il vous plaît rester sur cette page". Beaucoup d'Américains patientent encore.

"Nous avons beaucoup de visiteurs sur le site en ce moment. Veuillez, s'il vous plaît rester sur cette page". Beaucoup d'Américains patientent encore. - -

Le shutdown a eu au moins cet avantage pour Barack Obama de masquer le fiasco du lancement du site internet dédié à son programme d'assurance santé. Du moins celui géré au niveau fédéral: localement, les choses se sont mieux passées.

Sur la défensive, Barack Obama a lancé ce lundi que sa réforme de la santé ne se résumait pas à un site internet, tout en reconnaissant que ce dernier "n'a pas fonctionné aussi bien qu'il le devait". Un euphémisme.

Mais Barack Obama ne pourra pas nier que le "shutdown" a monopolisé l'attention et fait diversion. C'est un fait: le lancement le 1er octobre du site permettant aux Américains de bénéficier du système de santé voulu par Obama, et surnommé "Obamacare", a été "un échec énorme", estime Bob Laszewski, consultant spécialisé dans l'industrie et le marché de la santé. "D'après mes estimations", détaille-t-il, "au cours des deux premières semaines, seuls 10.000 Américains se sont inscrits dans les 36 Etats dans lesquels le site internet est géré par le gouvernement fédéral".

Des plantages à répétition

Bugs, ralentissements, problèmes de connexion: le site qui doit permettre à des millions d'Américains d'accéder à une assurance santé connaît des débuts chaotiques, jusqu'ici occultés par les débats budgétaires qui ont paralysé Washington pendant 15 jours.

Le fer de lance de la réforme du système de santé promue par Barack Obama est géré, pour 36 Etats, par le gouvernement fédéral. Les 14 autres Etats gèrent le système localement, avec leurs propres sites internet. "Ce qui me brise le cœur, (...) c'est que nous éclipsons totalement le fait que le lancement d'Obamacare a été mené de manière catastrophique", déplorait il y a quelques jours le sénateur républicain Lindsey Graham sur ABC.

Ironie de l'histoire, jusqu'à son règlement in extremis mercredi soir, la crise sur le budget et la dette qui a paralysé Washington a très largement occulté les problèmes rencontrés sur le site, alors même que les élus républicains bataillaient au Congrès justement pour s'opposer... à la réforme de santé promue par Barack Obama. "Paralysie du gouvernement: Obamacare évite les balles", résumait en début de semaine dernière le Los Angeles Times.

Encore loin du compte

Selon des estimations du Washington Post, quelque 185.000 personnes avaient souscrit mercredi une assurance dans les 14 Etats où le système est géré localement. Face aux critiques, l'administration refuse pour le moment de divulguer le nombre d'Américains qui ont souscrit une assurance sur son site, promettant des données mensuelles à compter du mois de novembre.

Le total reste en tout état de cause loin des quelque 7 millions d'Américains qui pourraient souscrire une assurance dès 2014 grâce au système, selon les prévisions du Bureau du budget du Congrès, un organisme indépendant. Au total, plus de 50 millions d'Américains n'ont pas d'assurance santé.

Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, revendique plus de 17 millions de visiteurs uniques sur le site depuis le 1er octobre. Les partisans du système, ou du président, rappellent aussi volontiers que les débuts des grands programmes sociaux comme "Medicare" ou "Medicaid", destinés aux personnes âgées et aux plus pauvres, avaient aussi été difficiles, ce qui n'avait en rien atténué leur réussite en fin de compte.

David Namias avec AFP