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Espionnage NSA: "Cessons d'utiliser les logiciels de l'adversaire"

L'espionnage informatique aurait été pratiqué par les Etats-Unis. (illustration)

L'espionnage informatique aurait été pratiqué par les Etats-Unis. (illustration) - -

Eric Filiol, expert en sécurité informatique et ancien membre des services d'espionnage français, estime qu'une révolution est nécessaire en Europe pour mettre fin à l'hégémonie américaine sur les produits et systèmes de communication.

Nouveau rebondissement dans l'affaire de l'espionnage américain. Vendredi, Le Monde, à partir des informations d'Edward Snowden, a révélé le contenu d'un document "top secret" où l'on apprend qu'en avril dernier, déjà, les services secrets français avaient été alertés du piratage possible d'ordinateurs à l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, et avaient réclamé des comptes à la NSA.

"Le plus gênant, c'est que l'opinion sache que l'Etat était au courant, et qu'en réalité, toute cette histoire d'espionnage existe depuis très longtemps. Cette affaire est-elle classée pour autant? Je ne pense pas, parce que maintenant va se poser le problème des réactions politiques, et des décisions", a estimé sur BFMTV le lieutenant-colonel Eric Filiol, spécialiste en sécurité informatique et ancien du Renseignement.

Pourtant, pour cet expert, le problème ne se situe pas dans le niveau de protection de nos données, qui serait insuffisant, mais bien au-delà. "On ne peut pas se protéger quand on utilise les outils de l'adversaire. Rappelons que la quasi-totalité de nos systèmes d'information sont équipés de produits américains..."

Google, Facebook: Fleur Pellerin reconnaît leur suprématie

Une vision des faits partagée par la ministre de l'Economie numérique Fleur Pellerin. Invitée de BFMTV mardi soir, la ministre a estimé que "ce que nous payons aujourd'hui, c'est aussi l'incapacité de l'Europe à avoir su développer des entreprises" comme Google et Facebook, à travers lesquelles les Etats-Unis auraient espionné des milliers de particuliers. Elle exhorte aujourd'hui les entreprises européennes à se lancer dans la future vague, celle de l'internet 3.0.

"Quand vous êtes en position de domination commerciale et stratégique, bien évidemment, ce serait trop tentant de ne pas utiliser cette suprématie. C'est donc un problème de souveraineté. On a de très bons serviteurs de l'Etat en France qui essaient de faire un très bon travail, mais qui le font avec les outils de l'adversaire. Le problème est là", dénonce Eric Filiol.

Le lieutenant-colonel reste pourtant optimiste, et plaide pour une révolution en profondeur. "Il y a des tas d'opportunités pour les entreprises de se réapproprier ce marché [...] et aller au-delà, parce que je parlais d'outils et de logiciels, mais on travaille également selon des standards américains, notamment dans le management. La France s'est battue vaillamment pour l'exception culturelle. Imposons désormais, comme les Etats-Unis le font chez eux, une exception sur les produits de sécurité et de technologie."

Alexandra Gonzalez