BFMTV

Après les retraits de Cruz et de Kasich, Trump file vers l'investiture républicaine 

En remportant la primaire dans l’Indiana mardi, le milliardaire a contraint à l'abandon ses deux derniers rivaux, Ted Cruz et John Kasich. Seul en lice dans son camp, plus rien ne peut donc l’empêcher d’affronter Hillary Clinton dans la course à la Maison Blanche.

Acclamé par ses fans, il a fêté mardi soir sa victoire dans la primaire de l'Indiana depuis son quartier général, la Trump Tower de Manhattan, à New York. Là où tout avait commencé un an plus tôt. "Toute ma vie, j’ai été en compétition", a lancé Donald Trump face à la presse et ses supporters. "Différentes compétitions. Que ce soit en sport, en affaires ou en ce moment, pendant dix mois en politique. Et je dois vous dire que j’ai rencontré certains des plus incroyables concurrents contre lesquels je me suis jamais battu, ici-même, au parti républicain." 

Plus d'adversaires dans son propre camp

La victoire du milliardaire dans cet Etat a mis KO ses deux derniers adversaires: Ted Cruz a jeté l'éponge mardi, et mercredi, c’est son dernier rival, John Kasich, qui s’est à son tour retiré. Désormais sans adversaires dans son camp, Donald Trump fait figure de gagnant avant l’heure des primaires républicaines. Dans la foulée des résultats de l'Indiana, le président du parti a d’ailleurs appelé à l’unité autour de Trump.

C’est donc lui qui devrait affronter Hillary Clinton en novembre prochain. Une surprise de taille, d’autant que l’homme d’affaires ne fait pas l’unanimité chez les électeurs républicains.

"Nous ne sommes pas de grands supporters de Trump et ne pas avoir d’alternative est effrayant", s’alarme l’un d’eux. "Si un démocrate remporte l’élection, le pays va tout droit à la catastrophe. Je suppose donc que je suis pour Trump", explique un autre. "Je ne voterai pas pour Trump. Je ne peux tout simplement pas. Je ne sais pas ce que je vais faire. C’est exactement ce que je redoutais", s’inquiète encore une électrice. 

"Assez unique"

Les républicains se retrouvent pris à leur propre piège. Même la direction du parti ne l’avait pas venu venir. La primaire a débuté trop vite, et au milieu de 17 candidats, Donald Trump a su se démarquer.

"Alors malheureusement leur candidat, ça n’est pas celui qu’ils voulaient. Et c’est effectivement Donald Trump qui a tiré profit de cette mécanique, de cette arithmétique de la campagne qui est assez complexe", décrypte l’historien spécialiste des Etats-Unis, Thomas Snégaroff. "Beaucoup de candidats se sont en fait entretués. Jeb Bush, qui à mon avis avait une vraie carte à jouer, a été tué parce qu’il y avait trop de candidats modérés autour de lui. Au début on considérait que le discours de Trump était complètement aberrant, mais il était assez unique."

Ascension politique fulgurante

Ce candidat unique, sans expérience politique, a fait ses preuves en seulement quelques mois. De Donald Trump, les Américains connaissaient l’homme au 10 milliards de dollars, le propriétaire du concours Miss Univers, la star de téléréalité sans limites. Un phénomène de foire difficile à prendre au sérieux. Mais aujourd’hui, et le milliardaire en est fier, il a déjoué tous les pronostics.

"J’ai déclaré que j’étais candidat en juin dernier", rappelle-t-il. "A l’époque, la plupart des gens disaient que je n’allais pas me lancer. 'Il veut juste s’amuser, prendre du bon temps'. En fait oui, je prends du bon temps, mais vous savez quoi, je travaille très dur."

Depuis onze mois, Donald Trump occupe le terrain. Une campagne de communication savamment orchestrée, financée par ses soins. Sa fortune, justement, il en a fait un atout. Avec l’entreprise héritée de son père, il a créé un empire. Et sa carrière fait rêver les Américains. Quand on lui demande quel est son fond de commerce, pourquoi les Américains l’aiment autant, il sourit puis répond très simplement: "L’emploi, l’emploi, l’emploi."

Déclarations choc contre les immigrés, les femmes...

Plus d’emplois, et moins de migrants. Depuis le début de sa candidature, Donald Trump ressasse un discours anti-immigration très violent, avec la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Ou comme dans l’Ohio, lorsqu’il compare des sans-papiers avec des serpents.

"C’est comme dans la chanson", raconte Donald Trump. "C’est l’histoire d’une femme qui croise un serpent à moitié gelé au bord d’un lac. Elle le ramène chez elle, le réchauffe, mais au lieu de le remercier, le serpent la mord. Elle lui demande pourquoi. Le reptile lui répond: 'Tais toi idiote! Tu savais bien que j’étais un serpent, mais tu m’as laissé rentrer.'"

Fidèle à lui-même, Donald Trump transforme chacune de ses apparitions en one-man show. Au palmarès de ses déclarations choc figurent aussi celles contre les femmes.

Lors du premier débat entre les candidats républicains, la journaliste Megyn Kelly lui rappelle ses remarques sexistes. "Vous traitez les femmes que vous n’aimez pas de chiennes, de truies, de boudins et autres animaux dégoûtants", lui fait-elle remarquer. Il botte en touche, mais après l’interview, il déclare: "On voyait le sang sortir de ses yeux et… de partout".

"Les médias l’ont aidé à leur corps défendant"

Des sorties de piste volontaires, qui lui assurent une couverture médiatique. La presse a souvent contribué malgré elle au succès du candidat new-yorkais.

"Le nerf de la guerre c’est quand même l’argent. Et on a vu que les pages de pub, quand il y avait Donald Trump, valaient plus que quand il n’y avait pas Donald Trump. Donc on a mis Trump matin, midi et soir et on continue à le faire", souligne Thomas Snegaroff.

"Je ne crois pas qu’on l’ait servi. On l’a beaucoup critiqué. Mais le fait d’avoir été critiqué a permis à Trump de dire qu’il était vraiment le candidat anti-establishment puisque les grands médias mainstream n’arrêtaient pas de l’insulter. Ils l’ont aidé à leur corps défendant en fait."

Donald Trump est désormais prié de mettre de l’eau dans son vin. Seul en lice, il doit apaiser un parti républicain très divisé. A priori, il ne lui reste qu’une adversaire, Hillary Clinton.
V.R. avec Natacha Rios