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Etats-Unis: la Chambre des représentants reconnaît le génocide arménien

Le mémorial du génocide arménien à Yerevan, en Arménie, le 7 mai 2018.

Le mémorial du génocide arménien à Yerevan, en Arménie, le 7 mai 2018. - Sergei Gapon / AFP

La Chambre des représentants des Etats-Unis a reconnu le génocide arménien par une résolution, adoptée pour la première fois en séance plénière. Une décision vivement critiquée par la Turquie, et saluée par l'Arménie, pour qui c'est "un pas audacieux vers la vérité et la justice".

La Chambre des représentants des Etats-Unis a reconnu formellement mardi le génocide arménien, lors d'un vote symbolique inédit qui a suscité la colère de la Turquie au moment où les relations américano-turques sont déjà soumises à rude épreuve. C'est la première fois qu'une telle résolution est adoptée en séance plénière d'une des chambres du Congrès à Washington.

Appelant à "commémorer le génocide arménien", à "rejeter les tentatives (...) d'associer le gouvernement américain à la négation du génocide arménien" et à éduquer sur ces faits, ce texte non-contraignant a été adopté par l'écrasante majorité de 405 voix sur 435, avec une rare union entre démocrates et républicains, et seulement 11 voix contre. Le résultat du vote a été accueilli par des applaudissements dans l'hémicycle.

Une décision sans fondement pour la Turquie

La Turquie a réagi immédiatement par la voix de son ministère des Affaires étrangères en "condamnant fortement" un "acte politique dénué de sens", ayant pour "seuls destinataires le lobby arménien et les groupes anti-turcs". Des responsables turcs ont indiqué ce mercredi avoir convoqué l'ambassadeur américain à Ankara pour protester contre cette décision "dépourvue de fondement juridique ou historique", selon eux.

De son côté, le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan a "salué le vote historique du Congrès américain", jugeant que cette résolution "est un pas audacieux vers la vérité et la justice historique qui offre également un réconfort à des millions de descendants des survivants du génocide arménien", a-t-il tweeté.

Il a également fait part de son "admiration pour des générations d'Arméniens et d'Américains d'origine arménienne, dont l'activisme désintéressé et la persévérance ont été le moteur et l'inspiration derrière le vote historique d'aujourd'hui". "#Jamais plus!", a encore écrit Nikol Pashinyan.

Une reconnaissance politique, un siècle après les faits

Le génocide arménien est reconnu par une trentaine de pays et la communauté des historiens. Selon les estimations, entre 1,2 million et 1,5 million d'Arméniens ont été tués pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l'Empire ottoman, alors allié à Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. Mais la Turquie refuse l'utilisation du terme "génocide", évoquant des massacres réciproques sur fond de guerre civile et de famine ayant fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps.

"Trop souvent, de manière tragique, la réalité de ce crime abominable a été niée. Aujourd'hui, nous disons clairement, dans cet hémicycle, afin que ce soit gravé dans le marbre des annales du Congrès: les actes barbares commis contre le peuple arménien constituent un génocide", a lancé la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi.

En avril 2017, peu après son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump avait qualifié le massacre des Arméniens en 1915 d'"une des pires atrocités de masse du XXe siècle". Bien qu'il se soit gardé d'employer le terme "génocide", Ankara avait alors exprimé sa colère, dénonçant la "désinformation" et les "mauvaises définitions" du président américain.

Avant d'être élu en 2008, son prédécesseur Barack Obama s'était lui engagé à reconnaître le génocide, mais il n'avait finalement jamais employé ce terme durant ses deux mandats présidentiels.

Un vote symbolique sur fond de tensions

Ce vote intervient le jour de la fête nationale turque alors que les relations entre Washington et Ankara, alliés au sein de l'Otan, viennent de traverser une nouvelle zone de fortes turbulences. Donald Trump a laissé début octobre le champ libre à une offensive turque en Syrie, en retirant ses forces du nord du pays. Puis, face à la pression de la classe politique et l'appel à des sanctions "infernales" à la Turquie, le gouvernement américain a lui-même annoncé des mesures punitives, plus modestes, avant de les lever à la faveur d'un cessez-le-feu négocié avec Ankara.

Dans la foulée du vote sur le génocide arménien, la Chambre des représentants a aussi adopté mardi soir à la quasi-unanimité un texte prévoyant des sanctions contre des responsables turcs en lien avec l'offensive en Syrie ainsi qu'une banque turque.

Mais cette proposition de loi doit encore être approuvée par le Sénat pour devenir effective. Or, après avoir été vent debout contre les décisions de Donald Trump, les sénateurs républicains, qui contrôlent la chambre haute du Congrès, ont mis leurs critiques en sourdine dans la foulée du cessez-le-feu et de l'annonce de la mort, dans un raid américain, du chef de Daech Abou Bakr al-Baghdadi.