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Comment deux Canadiens ont appris que leurs parents étaient des espions russes

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Illustration - Vasily Maximov - AFP

Lors d’un raid du FBI dans l’appartement familial en 2010, Tim et Alex Foley, nés au Canada et vivant aux Etats-Unis, ont découvert que leurs parents étaient des agents doubles au service de Moscou.

Un soir de juin 2010, Tim Foley fête ses vingt ans en compagnie de son frère et de leurs parents dans leur appartement d’une petite ville du Massachusetts. Lorsqu’on frappe à la porte, le jeune homme pense que ses amis sont en avance pour la fête. C’est alors qu’il voit débarquer le FBI, et que sa vie bascule.

Après avoir d’abord cru à une terrible erreur, Tim et son frère Alex découvrent que leur père ne s’appelle pas Donald Heathfield, mais Andrey Bezrukov, et que le nom de leur mère est Yelena Vavilova, et non pas Tracey Foley. Lui n’est pas seulement consultant, elle n’est pas vraiment agent immobilier. Ils ont emprunté leurs noms canadiens à deux personnes mortes en bas âge il y a longtemps, à qui ils ont volé leur identité. Tous deux sont en fait des espions de nationalité russe, recrutés par le KGB en tant que couple et envoyés au Canada dans les années 80, du temps où la Russie était l’Union soviétique. Au total, 10 espions sont arrêtés ce soir-là à travers les Etats-Unis, lors d’une opération baptisée Ghost Stories.

Une enfance “absolument normale”

Cette histoire digne d’Hollywood et qui a inspiré la série The Americans est longuement relatée par le Guardian, qui s’est entretenu avec Tim et Alex, les deux fils du couple. Tim évoque une enfance “absolument normale”, une famille unie, adepte de voyages et parlant un mélange d’anglais et de français à la maison.

Avant 2010, ils n’avaient jamais parlé ensemble d’Union soviétique, ni même mangé russe. Cet été-là, la famille devait partir pour un voyage de plusieurs étapes, passant notamment par la France et la Russie. Après son arrestation, Tracy Foley conseille à ses enfants de partir seuls à Moscou. Ils y sont accueillis par des “collègues” de leurs parents, emmenés au musée, à l’opéra et présentés à un oncle, un cousin et une grand-mère avec lesquels ils se retrouvent incapables de communiquer, du fait de la barrière linguistique.

A la suite de l’arrestation de leurs parents, Tim et Alex obtiennent la nationalité russe et se voient retirer leur carte d’identité canadienne. Ils deviennent alors Timofei et Alexander Vavilov, des noms “complètement nouveaux, étrangers et impronoçables pour nous”, explique Tim au Guardian. “Une vraie crise identitaire”, ajoute le jeune homme de 26 ans.

Andrey Bezrukov et Yelena Vavilova sont quant à eux renvoyés en Russie, où ils sont accueillis en héros. Dimitri Medvedev, qui siège à l’époque au Kremlin, remet une médaille aux dix personnes arrêtées au mois de juin. Ils rencontrent aussi Vladimir Poutine, et partent en compagnie de leur famille à la découverte du pays, lors d’un tour organisé par les autorités pour leur faire découvrir la Russie moderne.

“Je n’ai jamais eu l’ombre d’une suspicion envers mes parents”, confie Alex au journal britannique. “Il me semblait que les parents de tous mes amis menaient des vies beaucoup plus excitantes et accomplies”, poursuit-il. Les deux frères ont refusé de s’installer en Russie, mais ils se rendent désormais régulièrement à Moscou pour rendre visite à leurs parents.

C.V.