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Aux États-Unis, la polémique enfle après la mort d'une migrante de 7 ans en détention

Des migrants à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, en juin 2018.

Des migrants à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, en juin 2018. - Spencer Platt - Getty - AFP

La mort la semaine dernière d'une fillette guatémaltèque de 7 ans, quelques heures après son arrestation par des garde-frontières américains, a suscité une onde de choc aux États-Unis, rappelant le drame des enfants migrants.

L'histoire de Jackeline Caal a provoqué une onde de choc outre-Atlantique. Cette petite-fille guatémaltèque de sept ans est morte il y a quelques jours dans un centre de détention, quelques heures après son arrestation par la police aux frontières américaines. L'information avait été révélée jeudi dernier par le Washington Post.

La fillette était arrivée aux Etats-Unis avec son père depuis le nord du Guatemala, dont leur communauté est originaire. A l'issue d'un long périple, tous deux avaient franchi la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique le 6 décembre dernier, au niveau du désert du Nouveau-Mexique. Ils se trouvaient dans un groupe de 163 migrants, comptant de nombreux mineurs, qui s'étaient rendus volontairement aux gardes-frontières américains.

Arrêt cardiaque

Un examen préliminaire de la fillette "n'avait pas révélé de problèmes de santé", selon le ministère américain de la Sécurité intérieure. Pourtant, Jackeline avait commencé à se sentir mal dans le bus qui la transportait vers le centre de détention, en étant notamment prise de vomissements. Après une heure et demi de route et 150 kilomètres parcourus, son père avait signalé qu'elle ne respirait plus.

La petite-fille avait alors été transportée en urgence par hélicoptère à l'hôpital d'El Paso, au Texas. Atteinte d'une fièvre de 41 degrés, elle était arrivée sur place en arrêt cardiaque. Les médecins étaient parvenus à la ranimer, mais Jackeline est finalement morte d'un choc septique le 8 décembre.

Une semaine de silence

Ce n'est qu'une semaine plus tard, le 14 décembre, que son décès a été révélé par la presse. De nombreuses voix se sont élevées aux Etats-Unis pour demander pourquoi les autorités sont restées muettes sur ce sujet pendant aussi longtemps.

L'administration a assuré avoir "fait de son mieux" pour empêcher cette tragédie et pointé du doigt les parents de la fillette. "Cette famille a choisi de traverser illégalement" la frontière, a déclaré la ministre de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen. Une enquête administrative a toutefois été ouverte et ses conclusions seront rendues publiques.

La Maison Blanche accuse les démocrates

La Maison Blanche a pour sa part attaqué les démocrates. Cette mort "tragique" "aurait pu être évitée", si tous les élus s'étaient entendus pour "décourager" les étrangers de traverser illégalement la frontière.

"Nous espérons que les démocrates vont rejoindre le président", a déclaré un de ses porte-parole, Hogan Gidley.

Les démocrates refusent actuellement de voter le financement du mur à la frontière avec le Mexique, promesse de campagne de Donald Trump. Le président a menacé d'aller jusqu'au "shutdown" (paralysie de certaines administrations faute d'accord sur le budget) s'ils ne cédaient pas.

Vendredi, ils ont manifesté leur effroi face à la mort de la fillette et renvoyé la balle dans le camp présidentiel. "La politique de tolérance zéro" contre l'immigration illégale prônée par le président Trump a entraîné "une escalade dans le traitement cruel des immigrés", a estimé Enrique Gutiérrez, porte-parole du parti démocrate sur les questions hispaniques.

15.000 mineurs dans des centres de détention

La tragédie survient alors que près de 15.000 mineurs non accompagnés sont détenus dans des structures d'accueil sous-dimensionnées aux Etats-Unis.

Ces mineurs sont majoritairement des garçons, âgés de plus de 14 ans, originaires du Guatemala (54%), du Salvador (12%) ou du Honduras (26%). Ils passent en moyenne 60 jours en détention, selon des statistiques officielles. 

Plus de 2.300 mineurs avaient été séparés de leur famille entre le 5 mai et le 9 juin derniers au nom de cette politique de "tolérance zéro". L'indignation avait été telle aux Etats-Unis et dans le monde que le président avait été obligé de revoir sa copie, en interdisant par décret la séparation systématique des familles. Depuis, les mineurs étrangers continuent d'affluer à la frontière.

Adrienne Sigel avec AFP