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1.000 enfants abusés sexuellement par des prêtres: "J’étais une proie car j’étais plus faible", confie une victime

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Illustration - AFP

Un nouveau scandale ébranle l'Eglise catholique. Aux Etats-Unis, une enquête révèle que plus de 300 prêtres ont abusé sexuellement de plus d'un millier d'enfants. Après des années de silence, des victimes témoignent.

La plupart de ces crimes est frappée par la prescription. Peu importe pour ces victimes qui peuvent enfin raconter leur traumatisme après la publication mardi d'un rapport sur les abus sexuels commis par des prêtres dans les six diocèses de Pennsylvanie, aux Etats-Unis. Au terme d'une enquête de deux ans, un grand jury populaire a révélé que 300 hommes d'église, qualifiés de prédateurs, ont abusé sexuellement de plus d'un millier d'enfants. Et ce depuis le milieu du siècle dernier.

Robert est aujourd'hui âgé de 83 ans. Depuis 70 ans, il tait un lourd secret qu'il peut enfin dévoiler grâce à cette longue enquête. "Qui m’aurait cru? Qu’un prêtre en 1948 ou 1947 abuse de moi ou fasse ça?", interroge-t-il dans une interview à la chaîne américaine CNN. Orphelin de père dès son plus jeune âge, Robert s'est toujours considéré comme une cible facile pour le prêtre qui a abusé de lui. "J’étais une proie car j’étais plus faible", poursuit le septuagénaire, parlant des séquelles, qu'il partage avec les autres victimes, qui sont apparues tout au long de sa vie. 

"Je ne pouvais montrer aucune affection à ma femme, confie Robert. Mes enfants, je ne pouvais pas les tenir ou les embrasser."

"Ils les couvraient"

Pendant plusieurs décennies, des prêtres de l'Eglise catholique se sont livrés à des abus sexuels. Le rapport cite l'exemple d'un homme d'église qui caressait un jeune adolescent et le masturbait au prétexte de lui montrer comment se faire soigner. Un autre aurait abusé de plusieurs petits garçons tout en étant recommandé par la direction de Disney World. Le tout sans que leur hiérarchie n'intervienne, estime le jury populaire auquel avaient été soumises les conclusions de l'enquête du procureur de Pennsylvanie qui s'est penché sur ces faits.

"Personne n’en a entendu parler parce qu’ils les couvraient ", estime Robert, 70 ans après les faits. Espérant que des têtes vont désormais tomber.

Les nombreux témoignages qui émergent dans la presse américaine font état de l'emprise que les prêtres avaient sur leurs victimes qui se sont tues pendant des années. C'est le cas de Jim VanSickle. A l'âge de 16 ans, ce "gamin paumé" comme il se décrit auprès du Washington Post, était sous l'influence de son professeur d'anglais. Encore aujourd'hui, il continue à avoir "des sentiments très forts" à son égard. Alors âgé de dix ans de plus que lui, ce prêtre l'a pris sous son aile, l'emmenant en voyage scolaire lors de compétition d'échecs.

"Il a été celui à qui je pouvais me confier (...) Je lui ai confié des informations sur moi que personne ne savait", confie l'homme de 55 ans.

"Il m'a sauté dessus"

Jim VanSickle se souvient que lors de ces virées, les dîners se faisaient en tête à tête. Il se rappelle aussi comment son professeur lui mettait la main sur la jambe, comment il essayait de le chatouiller. Si l'adolescent de l'époque tentait de s'éloigner, il restait sous sa joute. "Je me disais 'c'est un prêtre' et je lui ai fait confiance", explique-t-il, racontant comment le prêtre l'a fait rompre avec sa petite amie. Jusqu'au jour où son "mentor" a abusé de lui sexuellement. "Il m'a sauté dessus et je me rends compte qu'il était excité." 

"Je pouvais voir son pénis en érection sortir de ses vêtements", souffle-t-il, parlant de la terreur et de la peur" qu'il a ressenti à ce moment-là.

Après cette scène, Jim VanSickle a déménagé pour aller à l'université. Son professeur a bien tenté de lui rendre visite, de lui donner de l'argent. Puis, lors de sa dernière visite, l'homme d'église était accompagné d'un jeune garçon, "son nouveau jouet". L'agresseur de Jim VanSickle fait partie des rares prêtres a être poursuivi par la justice. L'ancien professeur a été mis en accusation cette année pour avoir abusé sexuellement de deux petits garçons en 2002 et 2010.

Abusée à 18 mois

Carolyn n'aura pas cette chance. La trentenaire est certainement la plus jeune victime de cette affaire. D'après l'enquête d'envergure qui a été menée dans les six diocèses de Pennsylvanie, elle n'était âgée que de 18 mois quand elle a été abusée sexuellement. "Je portais une couche (...) et j'ai couru droit vers lui", a raconté à CNN la jeune femme en étouffant ses larmes. Aujourd'hui âgée de 37 ans, elle dit encore sentir "ses mains" sur elle. Une blessure dont elle n'a jamais osé parler. "C'est très personnel, surtout quand c'est ta parole contre Dieu", souffle-t-elle.

Ce scandale au sein de l'église catholique n'est pas le premier, surtout aux Etats-Unis. Après les révélations, en 2002, sur la pédophilie au diocèse de Boston grâce à l'enquête "Spotlight", et celles sur l'église en Australie, au Honduras ou en Irlande, le cardinal américain Theodore E. McCarrick, accusé d'agression sexuelle, a démissionné au mois de juillet dernier. Le rapport publié cette semaine est une "victoire" dans "une "guerre qui ne fait que commencer" contre la hiérarchie catholique, estime Jim VanSickle. 

"Je pense que ce rapport va aider les gens qui n'ont pas de famille, car ils vont savoir qu'il y a beaucoup de gens qui les croient et sont derrière eux", espère pour sa part Carolyn. Quand Robert a, lui, imaginé que ce moment arriverait un jour. "Je disais me simplement: 'Ils ne vont pas gagner'."

J.C.