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Paraguay: un ministre s'oppose à l'avortement d'une fillette de 10 ans violée par son beau-père

La campagne lancée par Amnesty International pour dénoncer le cas d'une fillette de 10 ans violée par son beau-père et à qui le ministre de la Santé du Paraguay refuse un avortement.

La campagne lancée par Amnesty International pour dénoncer le cas d'une fillette de 10 ans violée par son beau-père et à qui le ministre de la Santé du Paraguay refuse un avortement. - Amnesty international

Le ministre de la Santé du Paraguay s'est montré inflexible, arguant que la fillette avait dépassé le délai autorisé par la loi, très stricte en la matière, pour avorter. Amnesty International lance une campagne de mobilisation.

Au Paraguay, une fillette âgée de 10 ans tombée enceinte après un viol de son beau-père pourrait être contrainte de mener sa grossesse à terme à cause de l'intransigeance du ministre de la Santé.

Tout commence le 21 avril dernier, lorsque des études réalisées à l'hôpital pour enfants d'Asuncion révèle le cas de cette jeune patiente. Internée pour une suspicion de tumeur abdominale, on découvre que la fillette est en réalité enceinte de 21 semaines. La jeune patiente, violée par le compagnon de sa mère, est placée sous la surveillance de cet hôpital de la Croix-Rouge, qui soulève la question d'un possible avortement.

Un avortement impossible

Problème: le délai légal est dépassé. La Constitution paraguayenne est en effet très stricte en la matière: elle n'autorise l'avortement qu'en cas de danger pour la vie de la mère et uniquement jusqu'à la 20e semaine de grossesse. "Concernant l'avortement, nous nous sommes expliqués et c'est totalement hors de question. Le ministre de la Santé est totalement en désaccord" avec cette option, a expliqué l'hôpital.

Lundi, l'affaire a rebondi par la voix du ministre de la Santé du Paraguay, Antonio Barrios, qui s'est déclaré fermement opposé à l'avortement de la fillette. "Le diagnostic de grossesse de cette fillette nous est parvenu à la 21e semaine. S'il avait fallu pratiquer un avortement, il aurait fallu le faire avant la 20e semaine. Aujourd'hui, nous en sommes à 23", s'est justifié le ministre, médecin pédiatre, devant des journalistes.

La fillette contrainte de mener sa grossesse à terme

Consulté, Anibal Peris, doyen de la faculté de médecine de l'université du Paraguay, a assuré que la petite fille, qui fêtera ses 11 ans en mai, pouvait terminer normalement sa grossesse. L'homme, qui dirige également l'hôpital Clinicas, "l'hôpital des pauvres", comme il est appelé localement, a révélé qu'en 2014 son établissement avait accueilli 14 jeunes filles entre neuf et 15 ans. "Toutes s'en sont bien sorties", a-t-il assuré, indiquant que la fillette accoucherait par césarienne pour éviter les complications.

De son côté, l'hôpital de la Croix-Rouge, spécialisé dans les naissances, a indiqué que la petite fille suivait un régime spécial riche en fer, calcium et vitamines et recevait une assistance psychologique.

#NiñaEnPeligro

Une campagne publique a été lancée par la branche locale d'Amnesty International, sous le mot-clé #NiñaEnPeligro, pour empêcher que l'on ne contraigne la fillette à mener sa grossesse à terme. L'ONG estime que pour les Nations unies, cette affaire constitue un cas de "torture ou de mauvais traitements" tel que défini par la Convention contre la torture de l'ONU.

La mère de la fillette a été placée en détention pour avoir livré de fausses informations sur son compagnon, qui est en fuite. Elle est accusée de négligence et d'obstruction à la justice.

S. C. avec AFP