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La France juge la dictature Pinochet à Paris

La France organise à partir de mercredi un procès historique des crimes imputés à la dictature d'Augusto Pinochet au Chili entre 1973 et 1990, à travers l'examen des disparitions de quatre Français. Quatorze Chiliens, presque tous militaires, comparaissen

La France organise à partir de mercredi un procès historique des crimes imputés à la dictature d'Augusto Pinochet au Chili entre 1973 et 1990, à travers l'examen des disparitions de quatre Français. Quatorze Chiliens, presque tous militaires, comparaissen - -

par Thierry Lévêque PARIS (Reuters) - La France organise à partir de mercredi un procès historique des crimes imputés à la dictature d'Augusto...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La France organise à partir de mercredi un procès historique des crimes imputés à la dictature d'Augusto Pinochet au Chili entre 1973 et 1990, à travers l'examen des disparitions de quatre Français.

Quatorze Chiliens, presque tous militaires, comparaissent par défaut jusqu'au 17 décembre à la cour d'assises de Paris pour enlèvements et séquestrations avec actes de torture et de barbarie, des faits passibles de la réclusion à perpétuité.

Certains des accusés ont déjà été condamnés dans leur pays pour d'autres faits et sont détenus ou assignés à résidence au Chili, mais c'est la première audience au monde abordant la nature du régime issu du coup d'Etat militaire du 11 septembre 1973, appuyé en sous-main par les Etats-Unis.

La dictature a fait 3.197 morts et disparus, selon un rapport officiel remis au Chili en 1991. Le procès français, fait exceptionnel, sera filmé pour son intérêt historique.

Le dossier porte sur la disparition le 11 septembre 1973 de Georges Klein, conseiller au cabinet du président socialiste Salvador Allende, renversé par la junte militaire conduite par Augusto Pinochet.

Les disparitions d'Etienne Pesle le 19 septembre 1973 et de deux membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire (Mir), Alphonse Chanfreau, le 30 juillet 1974, et Jean-Yves Claudet-Fernandez, le 1er novembre 1975, sont aussi examinées.

Mis en cause dans cette procédure ouverte en 1998, quand il était retenu à Londres à la demande de la justice espagnole, Augusto Pinochet fut visé par un mandat d'arrêt, avant de mourir libre en 2006 à 91 ans dans son pays. Londres l'avait laissé partir en 2000 après 503 jours d'assignation à résidence.

Les accusés de Paris ne viendront pas en France et n'utiliseront pas la possibilité de se faire représenter par des avocats, sauf revirement de dernière minute, a dit le parquet général de Paris. Le principal accusé est Manuel Contreras, 81 ans, ancien chef de la Dina, la police secrète du régime.

TRENTE TÉMOINS

Les familles des disparus espèrent faire de l'audience un moment de mémoire.

"Ce procès va constituer un moment important de l'histoire de la lutte contre l'impunité, en France et ailleurs", a dit à Reuters Me William Bourdon, un des avocats des familles de victimes, qui ont lancé en 1998 l'affaire en déposant plainte.

"Pour des familles, le fait qu'on revisite ensemble avec des juges ce passé si cruel, les conditions dans lesquelles leurs pères, leurs frères, leurs parents ont disparu est une étape extrêmement importante, attendue avec beaucoup d'angoisse et d'impatience", a-t-il ajouté.

Une trentaine de témoins sont convoqués et la présence de personnalités chiliennes, comme l'écrivain Luis Sepulveda, est espérée par les familles des victimes.

Dans son ordonnance de renvoi signée en 2007, la juge d'instruction Sophie Clément a conclu à la nature criminelle du régime chilien sous Augusto Pinochet.

"L'instruction a réuni de nombreuses pièces qui permettent d'établir que le président Augusto Pinochet, qui dirigeait directement la Dina, a conduit une politique tendant à éliminer et faire disparaitre des adversaires politiques", peut-on lire.

Alors que des militaires sont désignés pour les disparitions de Georges Klein et Etienne Pesle, Alphonse Chanfreau aurait été séquestré et torturé à la colonie "Dignidad", une secte située dans la cordillère des Andes et dirigée par un ancien Nazi, Paul Schaeffer, aujourd'hui décédé.

L'enquête a en outre conclu que Jean-Yves Claudet-Fernandez avait été enlevé en Argentine, à Buenos Aires, sans doute dans le cadre du "plan Condor", vaste opération d'assassinats d'opposants mise au point par plusieurs dictatures d'Amérique latine, dont le Chili.

Une circulaire du département d'Etat américain aux ambassades du 23 août 1976 montrant que les Etats-Unis connaissaient l'existence du "plan Condor" figure au dossier. Cette enquête française a vu l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger quitter Paris précipitamment en 2001, deux policiers français lui ayant apporté une convocation du juge français.

Édité par Gilles Trequesser