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Soudan: elle accouche en prison, les fers aux pieds

Meriam Ibrahim et son mari, Daniel Wahi.

Meriam Ibrahim et son mari, Daniel Wahi. - -

Condamnée à mort pour apostasie il y a quinze jours, une Soudanaise a accouché en prison, mardi, les pieds enchaînés.

Nouvelle punition pour Meriam Ibrahim. Condamnée à mort le 15 mai dernier pour apostasie, cette Soudanaise de 27 ans a été contrainte d'accoucher en prison, les jambes enchaînées, a rapporté son mari, Daniel Wani, au journal britannique The Telegraph. Détenue avec son fils de 20 mois, la jeune femme a donné naissance mardi matin à son second enfant, une petite fille, au sein de l'aile hospitalière de la prison pour femmes d'Omdurman. Mais les lourdes chaînes attachées à ses pieds depuis le jour du verdict n'ont pas été enlevées pendant l'accouchement.

Après avoir essuyé un refus de visite à son épouse après la naissance de leur enfant, Daniel Wani a finalement pu aller la voir le lendemain, accompagné de son avocat. A cette occasion, les autorités pénitentiaires ont accepté de détacher les chaînes de la jeune femme.

Condamnée à mort et à cent coups de fouet

Née d'un père musulman et d'une mère chrétienne orthodoxe, Meriam Ibrahim -elle même chrétienne mais considérée comme musulmane par les autorités en raison de son héritage paternel- a été condamnée pour avoir refusé d'abjurer sa foi, en vertu de la loi islamique en vigueur au Soudan depuis 1983 et qui interdit les conversions sous peine de mort. Meriam a été élevée selon les traditions de la religion de sa mère, car son père était absent pendant son enfance, explique l'ONG Amnesty International.

Durant son procès devant la cour criminelle de Haj Yousef, une banlieue de Khartoum où vivent de nombreux chrétiens, Meriam, mariée depuis 2011 à Daniel Wani, chrétien du Soudan du Sud, et enceinte de huit mois et demi, a également été condamnée à 100 coups de fouet pour "adultère". Selon l'interprétation soudanaise de la charia, la loi islamique, une musulmane ne peut épouser un non musulman, et toute union de ce type est considérée comme un "adultère".

Selon son mari, Meriam a réaffirmé son refus de renoncer à sa religion, après avoir déjà écarté cette possibilité au moment du verdict, il y a quinze jours. Amnesty International a lancé une pétition demandant la remise en liberté immédiate de la jeune femme et l'annulation de son exécution, prévue dans deux ans.

Adrienne Sigel et avec AFP