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Avion d'Air Algérie: qui étaient les victimes françaises?

A l'aéroport, les familles des victimes ont dû affronter la terrible nouvelle.

A l'aéroport, les familles des victimes ont dû affronter la terrible nouvelle. - -

51 Français sont portés disparus après l'accident de l'avion d'Air Algérie au Nord Mali. Portrait de certains de ces passagers, parmi lesquels se trouvaient des enfants.

Ils avaient quitté Ouagadougou dans la nuit, à bord du vol AH5017, mais ne sont jamais arrivés à Alger. Quelque 116 personnes ont péri jeudi dans le crash d'un avion Air Algérie, au Mali. A bord se trouvaient "54 Français et 14 autres nationalités, dont l'équipage espagnol", a indiqué le ministre français des Affaires étrangères.

Toutes les familles des victimes -soit entre 150 et 200 personnes- seront reçues samedi au Quai d'Orsay.

Des familles

● Dix personnes d'une même famille originaire de Rhône-Alpes. Des membres de la famille Reynaud habitant à Lorette, dans la Loire, Lyon, Gex, dans l'Ain, et Chambéry, en Savoie, étaient en vacances au Burkina Faso, selon des informations du Progrès et du Dauphiné Libéré. Une page Facebook à leur mémoire a recueilli, à l'heure où nous écrivons ces lignes, près de 900 likes.


Message sur le mur by Hommage a nathan Reynaud julia et leurs parents.

● Une famille avec deux enfants, et probablement la grand-mère maternelle, originaires du Cantal. La plupart des Français ne faisaient qu'une escale à Alger, et devaient ensuite prendre un vol pour Paris, Lyon, Toulouse ou Marseille. Parmi eux se trouvaient un couple, Bruno et Caroline, et leurs deux enfants, âgés de 15 et 10 ans. Ils étaient originaires du Cantal et rendaient visite à de la famille au Burkina Faso. Michel, le frère de Bruno, ne réalise toujours pas. "C'est un coup de massue, on est sous le choc. On ne s'y attend jamais, on ne sait pas comment réagir", confie-t-il à BFMTV. La grand-mère maternelle, qui vivait dans le Gard, figurerait également parmi les victimes probables. Le père est animateur au centre Geneviève-Champsaur, à Riom-ès-Montagnes, spécialisé dans l'accueil de malades atteints de sclérose en plaques. La mère travaille elle à l'IME La Cascade, à Bort-les-Orgues , en Corrèze. Le fils, Elno, vient de passer son brevet.

● Une famille avec quatre enfants, et un neuveux, vivant près de Nantes. Il y avait également sept Français d'une même famille, qui vivaient depuis presque trente ans près de Nantes: un couple, leurs quatre enfants et leurs neveux. La famille O. venait de rendre visite à des proches à Ouagadougou. Le père souhaitait montrer leurs racines à ses enfants. Ils habitaient à Messan, à proximité de Rouans en Loire-Atlantique.

● Une famille de cinq personnes, vivant à Guéret, dans la Creuse. Les parents et leurs trois enfants venaient de passer dix jours de vacances au Burkina Faso. "C'était mon meilleur ami, mon frère": la voix cassée, Jean-Jacques D. évoque son associé, Bertrand G., qui a péri dans cet accident avec son épouse Véronique et leurs trois enfants, des garçons nés en 2000 pour le plus jeune, collégien, et en 1995 pour les jumeaux qui poursuivaient leurs études. Bertrand G., 55 ans, était avec Jean-Jacques D. propriétaire d'une pharmacie à Guéret. Selon le député-maire de Guéret, Michel Vergnier, il était trésorier de l'association Guéret-Zitenga, du nom du département burkinabé de 45.000 habitants jumelé avec la ville de Guéret."Il avait rejoint notre comité de jumelage pour venir nous aider il y a presque deux ans car il connaissait l'humanitaire. Je m'en mords les doigts aujourd'hui", a expliqué le maire Michel Vergnier.
● Un espoir du cinéma malien vivant à Roubaix. "Je suis anéanti", dit dans le Nord Seydou Cissé, après avoir appris la disparition de son ami Bakary D., 35 ans, espoir du cinéma malien. "Sa famille est au Mali. Sur Roubaix, c'est moi, sa famille", a expliqué Seydou Cissé. "On dort ensemble, on fait tout ensemble, on a toujours tout fait ensemble. On a fait la même école au Mali. On a fait les concours ensemble, on est venu ici ensemble", dit-il, la voix grave. "On est arrivé en 2010 à Roubaix, on a fini en 2012 l'école du Fresnoy", un établissement de formation artistique audiovisuelle basé à Tourcoing.

Des touristes

Un couple résidant à Pau. Alain P., 57 ans, professeur de sciences physiques à l'Université de Pau, et son épouse Marie, céramiste, étaient à bord de l'avion, selon les informations de La République des Pyrénées.

Des humanitaires

● Un retraité engagé. Dans cet avion, il y avait aussi Jean-Marie, actif retraité de 70 ans. L'homme, engagé depuis six ans dans l'association humanitaire "Camélia Burkina", basée à Six-Fours-les-Plages dans le Var, effectuait trois missions par an au Burkina Faso. Il rentrait justement d'une de ces missions. Ce retraité de la sécurité sociale, âgé de 70 ans, célibataire et sans enfant, originaire de la Seyne-sur-Mer, se trouvait en mission depuis le 23 mai à Koudougou, indique le quotidien régional Var Matin. Il "avait constitué une cellule d'aide scolaire et de préparation des jeunes aux examens", explique la présidente de l'association. "Mais au-delà de ça, il aidait les jeunes, souvent sans famille, en les nourrissant et les habillant".

● Un couple d'éducateurs. André J., 60 ans, et Jutta Z., 56 ans, un couple d'éducateurs qui vivait à Raon-aux-Bois, dans les Vosges, qui revenait d'un chantier au Burkina Faso avec deux jeunes Français qu'ils encadraient. Le couple, parents de deux grandes filles, était parti le 2 juillet au Burkina, où il se rendait régulièrement depuis 20 ans, pour prendre part à des chantiers humanitaires. "Ils ont créé une association, Oxygène, en 1989, pour montrer aux jeunes que la vie pouvait être belle", a indiqué l'actuelle présidente de l'association, Marie-Hélène Labadens. "C'étaient des gens extraordinaires. Ils s'occupaient de jeunes confiés par les services sociaux. Ils ont fait une cinquantaine de chantiers, dont beaucoup au Burkina. Nous sommes anéantis. Aussi bien au Burkina qu'ici, on se serre les coudes", a-t-elle ajouté.

● Un ado confié aux services sociaux. Autre victime du crash: un adolescent de 16 ans, en mission de solidarité au Burkina Faso. Calvin, 16 ans, avait été confié à l'Aide sociale à l'enfance (ASE) en janvier dernier, peu après l'emménagement de sa famille dans ce département de la région parisienne.

Des expatriés

● Un couple d'hôteliers à Ouagadougou. Un couple de Français originaires du petit village de Tréville dans l'Aude et propriétaires d'un hôtel-restaurant à Ouagadougou fait partie des 118 victimes du crash de l'avion d'Air Algérie au Mali. Richard J., 57 ans, propriétaire de l'hôtel Ricardo à Ouagadougou, était aussi pilote d'avion de tourisme chevronné. Son épouse Paulina, 61 ans, était une Française d'origine chilienne et infirmière de profession. Comme souvent l'été, le couple venait en vacances à Tréville, le village familial de Richard, niché au milieu des champs de tournesols dans cette région du Lauragais, près de Castelnaudary. Ils venaient y retrouver les parents de Richard, ainsi que leurs deux enfants installés dans la région.

Et d'autres nationalités

Mais dans cet avion se trouvaient aussi des Burkinabés, des Algériens, des Libanais, des Canadiens, des Espagnols et des Luxembourgeois notamment.

Comme Jean-Michel, père de famille burkinabé, attendu par sa famille à Orly. Sa cousine, Laetitia H., raconte au micro d'Europe 1 son attente dans l'angoisse à l'aéroport: "J'ai vu que c'était réellement son avion qui avait disparu.(...). Je voyais qu’aux arrivées, personne n’était au courant. Il n’y avait personne pour nous informer de la situation." Des sanglots dans la voix, elle raconte sa solitude: "Je suis restée plus de 6 heures à l’aéroport, sans aucune nouvelle", poursuit la jeune femme, ajoutant : "Air Algérie, ils m’ont même repoussée en me disant 'on est au courant de rien', ils ne m’ont même pas prise en charge, ils ont vu que j’étais seule, ils m’ont laissée dans l’incertitude, le vide. Je ne savais même pas où me tourner". La jeune femme confie son désarroi, lorsqu'à 23 heures, la cellule du Quai d'Orsay la renvoit vers l'ambassade du Burkina Fasso, parce que son cousin n'était pas de la nationalité française. "Aujourd'hui, on n'a aucune nouvelle, c’est grâce aux médias qu’on a des informations," regrette-t-elle.

Il y avait aussi trois familles libanaises, décimées. Originaires du Liban sud, à majorité chiite, elles venaient au Liban passer l'Aïd-al-Fitr qui marque la fin du Ramadan.

Le Quai d'Orsay a mis en place un numéro d'urgence: +33 1 43 17 56 46. Un millier d'appels ont été recensés dès les premières heures.

A. G. avec A. Morel et S. Gotlib et A.-S. Warmont