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Egypte: le maréchal Sissi, grand favori d'une présidentielle sous tensions

Des affiches du candidat favori à la présidentielle, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, le 25 mai 2014 au Caire.

Des affiches du candidat favori à la présidentielle, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, le 25 mai 2014 au Caire. - -

L'élection présidentielle se déroule sous tensions lundi et mardi en Egypte. L'ancien chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi, qui dirige depuis juillet le gouvernement intérimaire, est donné grand favori.

Les Egyptiens éliront lundi et mardi un président, près de onze mois après la destitution et l'arrestation de l'islamiste Mohamed Morsi par le grand favori de ce scrutin, l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi. Ce dernier n'a qu'un rival, le leader de gauche Hamdeen Sabbahi.

Le scrutin se déroulait dès lundi matin sous tensions. Selon la télévision publique égyptienne, une bombe aurait explosé devant un bureau de vote dans la ville d'El Mahalla El Koubra, au nord du Caire. L'Intérieur a par la suite démenti cette information, affirmant qu'il s'agissait de l'explosion d'un pot d'échappement.

Abdel Fattah al-Sissi, 59 ans et aujourd'hui à la retraite, dirige déjà de facto le gouvernement intérimaire installé depuis près d'un an à la suite de la destitution du président islamiste. Al-Sissi est extrêmement populaire depuis qu'il a lancé une répression implacable et sanglante contre les pro-Morsi, notamment les Frères musulmans.

Abdel Fattah al-Sissi, homme à poigne

Pour une majorité d'Egyptiens, le maréchal Sissi est l'homme à poigne qui ramènera la stabilité après les trois années de "chaos" et de crise économique ayant suivi la révolte populaire de 2011 contre Hosni Moubarak.

Ses partisans le comparent parfois à Gamal Abdel Nasser - lui aussi un militaire -, le charismatique président égyptien devenu dans les années 1950 et 1960 le champion du panarabisme et des Non-Alignés, et qui a mené comme lui une sanglante répression contre les Frères musulmans.

L'homme qui a destitué Mohamed Morsi s'efforce de peaufiner l'image d'un candidat affable à la présidentielle, mais son discours dur et la répression meurtrière lancée contre les islamistes renforcent les craintes d'un nouveau régime autoritaire.

Pour ses détracteurs, l'armée confirmera avec son élection qu'elle a repris en main le pays après avoir laissé Mohamed Morsi et les islamistes se brûler les ailes pendant un an d'exercice éphémère du pouvoir. Le gouvernement intérimaire est déjà considéré par les défenseurs des droits de l'Homme comme plus autoritaire que celui d'Hosni Moubarak.

Répression sanglante

Pour justifier leur coup de force du 3 juillet 2013, l'armée et Abdel Fattah al-Sissi avaient invoqué les millions d'Egyptiens descendus dans la rue trois jours plus tôt pour réclamer le départ de Mohamed Morsi, accusé de vouloir accaparer le pouvoir au profit de ses Frères musulmans et islamiser la société à marche forcée.

Depuis le 3 juillet, policiers et soldats ont tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi, emprisonné plus de 15.000 Frères musulmans et autres islamistes présumés, dont plusieurs centaines ont déjà été condamnés à la peine de mort dans des procès de masse expéditifs.

Une répression qualifiée de sans précédent dans ce pays par les capitales occidentales et l'ONU, mais applaudie par la grande majorité des 86 millions d'Egyptiens.

Une élection jouée d'avance

Le maréchal Sissi, dont les portraits couvrent tous les murs depuis des mois, n'a pas eu besoin de battre la campagne. Son unique rival, le leader de la gauche Hamdeen Sabbahi, fait bien pâle figure malgré une campagne très active sur le terrain, et n'est guère en mesure d'empocher un nombre significatif de voix, selon les experts et diplomates unanimes.

Certains le considèrent comme un faire-valoir, au mieux résigné, au pire consentant, pour une élection jouée d'avance.

En deux jours de scrutin lundi et mardi, 53 millions d'électeurs sont appelés aux urnes. Cette présidentielle devrait être suivie de législatives, probablement vers l'automne.

V.P. avec AFP