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Aéroports : les scanners "voyeurs" font débat

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Une nouvelle technologie, les scanners corporels, va être testée en Europe en remplacement de la palpation. Une nouvelle technologie qui ne plaît pas à tout le monde.

Les nouveaux « scanners corporels » des aéroports ne plaisent pas du tout aux députés européens. Ce jeudi, le Parlement européen vote une résolution commune sur ces appareils. Les députés réclament à la Commission, des études sur les conséquences de ce nouveau dispositif sur notre santé. Et demandent que soit préservée l'intimité de la personne observée.

Comment fonctionnent ces scanners ?

Ces scanners mettent à nu virtuellement le passager. Ils permettent d'éviter les fouilles corporelles mais voient tous les contours du corps. Doron Levy, expert en sûreté aérienne, explique que « c'est un dispositif qui ressemble à un sas dans lequel on envoie des rayonnements électromagnétiques qu'on appelle les ondes millimétriques. Ce n'est pas du tout nocif pour la santé et ça permet un traitement très efficace du passager. Aujourd'hui, vous passez souvent une palpation de sécurité, qui est en fait très désagréable pour les passagers et qui peut être très "relative" en termes de niveau de détection. L'idée avec cette machine, c'est de l'intégrer dans une chaîne de contrôle ».

Une intrusion dans l'intimité ?

Christophe Naudin, criminologue, chercheur à l'université Paris 2 et auteur de « Sûreté aérienne. La grand illusion » aux Editions de la Table Ronde, estime qu'on « voit l'entièreté des formes d'un individu. Donc on peut voir les parties génitales, les parties intimes et c'est une intrusion dans l'intimité de la personne, c'est absolument indéniable. Des essais avaient été effectués avec des caches sur les parties intimes. Mais à partir du moment où on met des caches, si quelqu'un mettait une arme dans sa poitrine ou dans ses parties intimes, cette arme ne serait pas détectée, elle ne serait pas visible pour l'opérateur. Donc ça n'a pas beaucoup de sens d'utiliser un tel matériel avec des caches ».

Les mêmes craintes sont exprimées par Martine Roure, vice-présidente socialiste du Parlement Européen : « Je pense qu'il y a une atteinte à la vie privée, on voit tout de l'individu. S'il a des choses manquantes dans son corps, s'il en a en plus... Il faut qu'on me prouve que ce n'est pas dangereux pour la santé, que c'est absolument nécessaire pour la sécurité, que finalement l'atteinte à la vie privée n'est pas si énorme que ça... J'attends ces réponses ».

Rapide, confortable et pas obligatoire

A ces réticences, Doron Levy répond : « C'est vrai qu'on peut percevoir ce genre de technologie de façon un peu détournée. Mais l'idée qu'il y a derrière, c'est d'obtenir un niveau de sûreté amélioré, et surtout d'avoir une méthode d'inspection qui soit rapide et confortable pour le passager. Ce sera une femme qui contrôlera les femmes, un homme pour les hommes. Ce sera fait avec le consentement express du passager, on ne sera pas obligé de passer dans cette machine ».

Ces scanners sont déjà utilisés aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Suisse. Ils seront testés prochainement à l'aéroport de Nice. La Commission Européenne envisage de les généraliser d'ici le mois d'avril 2010. Interpellé par les députés européens, le commissaire européen aux transports, Antonio Tajani, assure qu'il n'a « pris aucune décision », même s'il trouve que ces scanners corporels ont beaucoup d'avantages.

La rédaction et Yann Abback-Bourdin & Co