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A un mois de la présidentielle, Trump a-t-il intérêt à capitaliser sur son infection au coronavirus?

Le président américain Donald Trump retire son masque sur le balcon de la Maison Blanche après son retour de l'hôpital, le 5 octobre 2020

Le président américain Donald Trump retire son masque sur le balcon de la Maison Blanche après son retour de l'hôpital, le 5 octobre 2020 - NICHOLAS KAMM © 2019 AFP

A quelques jours de l'élection, le président des États-Unis, qui vient de sortir de l'hôpital après avoir été contaminé par le Covid-19, communique sur la maladie et la manière dont il l'a vaincue.

Quelques minutes seulement après sa sortie de l'hôpital, Donald Trump, toujours infecté par le coronavirus, a appelé les Américains à "sortir" tout en étant "prudents", malgré les plus de 200.000 morts dues à la pandémie dans le pays.

"N'en ayez pas peur, vous allez le battre", a déclaré le président américain à propos du Covid-19, avant d'ajouter "sortez, soyez prudents". Concernant sa propre hospitalisation, Donald Trump, qui s'est dit possiblement "immunisé", a expliqué dans un message vidéo publié sur Twitter: "J'étais en première ligne, j'ai montré l'exemple." A quelques semaines de l'élection présidentielle, le républicain semble donc avoir choisi d'incarner le candidat qui a réussi à vaincre cette maladie.

Une stratégie gagnante? BFMTV.com fat le point avec Lauric Henneton, maître de conférence à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et auteur de L'Atlas historique des États-Unis.

· BFMTV.com: Donald Trump a-t-il intérêt à capitaliser sur sa contamination au coronavirus?

Lauric Henneton: "Nous sommes à la croisée des chemins. La communication de Donald Trump est une série de paris pas toujours gagnants et sa stratégie du chaos lors des débats semble contre-productive. Ses décisions ne sont pas toujours bonnes et c’est ce qui se passe depuis plusieurs jours.

En plus de l’épisode de la contamination lui-même, rien que sa communication et l’enchaînement des événements ne plaident pas en sa faveur. Il a eu une aptitude à faire des diagnostics erronés, et par extension les électeurs peuvent penser que ce sera la même chose pour l’économie.

Il y a une perte de crédibilité, mais il n’y a pas de rebond d’empathie pour Trump. C’est une question importante, car cela avait été le cas pour Bolsonaro et Johnson. Cela aurait pu faire la différence, mais il n'y a pas d'empathie avec les qualités trumpistes. Finalement, l’opinion est polarisée et bouge peu, est peu sensible. L’affaire des impôts n’a pas changé grand-chose, il n’y aura pas d’impact démesuré, sauf dans certains États très serrés, dont la Pennsylvanie et la Floride, où cela peut avoir un effet marginal, qui peut devenir central."

· Quel impact sur la campagne électorale?

"Ce n’est pas dans l’intérêt de Trump d’en faire beaucoup sur le coronavirus. Il ne souhaite surtout pas sacrifier l’économie, et sa vidéo était un message pour l’économie, pas pour le Covid. L’économie est l’un des derniers thèmes où il conserve le bénéfice du doute d’une partie des Américains puisque sur les autres sujets, son action est jugée négative à 60% selon des sondages.

En réalité, ses chiffres ne sont pas si bons en ce qui concerne le chômage, et la reprise économique est mollassonne. La question est de savoir qui il va toucher. Son électorat peut croire à un vaccin s’il le claironne, il peut croire que 2021 sera excellent, mais quid de l’au-delà? Les Américains ont quatre ans de Trump dans les pattes…"

· Joe Biden peut-il en profiter?

"Il en a déjà profité. Les Démocrates ont une capacité de réaction supérieure à celle d’avant. Au moment du débat, quelques minutes après que Biden ait dit 'Would you shut up, man' ('Est-ce que tu vas la fermer?'), le t-shirt était en vente. Maintenant, dans la mi-journée, il y a des vidéos de campagne qui sont mises en ligne.

Il y a une capacité organisationnelle à profiter de tous ces événements et la ligne est la même depuis le début: prudence, science, présidentiable. Joe Biden a été vice-président pendant 8 ans, il montre qu’il est présidentiable alors que Donald Trump est président mais ne fait pas présidentiable. On capitalise sur des lignes déjà existantes."

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV