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4 Waffen SS vivant en France touchent toujours des indemnités de l'Allemagne

Des SS en Allemagne dans les années 30.

Des SS en Allemagne dans les années 30. - Archives fédérales allemandes via Wikimedia Creative Commons.

Au titre d'une loi de 1950, l'Etat fédéral allemand continue des verser des indemnités à d'anciens soldats allemands ou auxiliaires de l'armée blessés durant la seconde guerre mondiale, ainsi qu'à leurs ayants droits. Une cinquantaine d'entre eux vivent en France, dont quatre ex-Waffen SS. Paris demande des explications à Berlin.

L'énoncé de cette loi allemande de 1950 conserve quelque chose de consensuel: elle a en effet pour visée "l'assistance aux victimes de la guerre". Dans les faits, elle conduit à indemniser les soldats allemands, ainsi que les auxiliaires de l'armée allemande, blessés entre 1939 et 1945, ou leurs ayants droits. Cette aide est versée à des ressortissants allemands comme étrangers et à des individus vivants dans les länder ou hors des frontières germaniques. L'ouverture de cette indemnisation à des "auxiliaires" de la Wehrmacht est à l'origine d'une conséquence bien troublante: des anciens de la Waffen SS, c'est-à-dire la section militaire des SS, ces unités de nazis particulièrement violents et fanatiques, initialement groupes de protection d'Hitler devenus avec le temps un empire dans un empire, la perçoivent.

En mai dernier, 1450 personnes vivant hors d'Allemagne mais en Europe percevaient ces sommes allouées. Et fin mars, ils étaient 54 en France, a révélé ce mardi une longue enquête du Monde, qui précise que ce nombre est tombé à 52 deux mois plus tard. C'est un journal belge qui en février dernier avait levé cet embarrassant lièvre. 

Le détail des indemnisés hexagonaux 

L'ambassade d'Allemagne a livré le détail du contingent d'indemnisés vivant sur notre territoire. L'institution a évoqué 27 mutilés, 21 veuves et six orphelins. Au sein des 27 mutilés, on dénombre 18 Allemands et neuf Français. Parmi les 18 Allemands, on note dix ex-militaires, comptant dans ce nombre la présence d'un ancien de la cavalerie de la Waffen SS. Parmi les neuf Français, se trouvent quatre femmes victimes de bombardements durant le conflits et cinq anciens soldats, dont trois Waffen SS. L'un est un ancien de la division Charlemagne, ces volontaires hexagonaux, versés à la SS, qui ont combattu en Union soviétique. Le deuxième est un Allemand naturalisé qui a aussi revêtu l'uniforme noir. Le troisième est un Alsacien qui s'est engagé volontairement aux côtés des Allemands et qui a servi dans la 3e division blindée des SS "Totenkopf" ("tête de mort") qui, entre autres, ont encadré l'administration des camps de la mort. En moyenne, ces 27 personnes touchent 350 euros d'indemnité chacune.

Le ministère fédéral des Affaires sociales allemand, en charge de ces virements, le jure: après recoupement auprès du centre Simon-Wiesenthal, du nom du célèbre "chasseur de nazis" d'après-guerre, aucun criminel de guerre ne figure plus au nombre des récipiendaires. Une affirmation qui fait donc une curieuse distinction entre le crime de guerre et les agissements de la SS, une organisation pourtant jugée officiellement et intrinsèquement criminelle lors du procès de Nuremberg.

Disparités 

Efraim Zuroff, actuel directeur du centre Simon-Wiesenthal, a de plus infirmé la version des autorités allemandes. Selon lui, pour tout recoupement, il n'y a eu que la transmission, en 1998, par le centre d'une liste de criminels de guerre à destination de l'Etat allemand. Après quoi, ce dernier en a fait à sa guise. "Vous comprenez bien qu’on ne peut pas dire qu’il y a eu croisement des fichiers, mais plutôt autoévaluation. Ce n’est pas la même chose. Voilà pourquoi, aujourd’hui, je considère que la gestion de cette affaire reste un problème sérieux encore non résolu", a développé Efraim Zuroff auprès du quotidien du soir. 

La liste du centre Simon-Wiesenthal comportait 76.000 noms. Celle, consécutive, des radiations du panel des indemnisés, seulement 99. Il faut dire que l'examen au cas par cas des dossiers ne dépend pas de l'Etat fédéral mais des régions. Or, d'après les spécialistes de cet épineux sujet, on remarque de nombreuses disparités entre les régions. La Sarre, par exemple, est responsable des cas français. Stefan Klemp, historien allemand et auteur d'un rapport sur les radiations des registres de la loi de 1950, a lancé au Monde: "Expliquez-moi pourquoi le Bade-Wurtemberg a rayé 29 noms et la Bavière 11, alors que la Sarre n’en a effacé qu’un seul et la Saxe aucun ?"

En attente de clarifications

Les autorités françaises ont réagi. Fin mars, la secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq, a demandé des "explications précises" à l'Allemagne. Fin mai, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a expédié quant à lui une lettre à l'attention du gouvernement allemand. 

Cette affaire aussi dérangeante qu'embrouillée se complique encore d'une dernière interrogation. Certains observateurs, dont des députés belges, se demandent ainsi tout haut si ces indemnités ne sont pas en fait des "pensions", indiquant par là qu'elles ne seraient, possiblement, pas seulement versées au titre d'une compensation après une blessure mais comme une retraite. Berlin va devoir clarifier la situation devant ses voisins au plus vite. 

Robin Verner