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Attractivité: la France double l'Allemagne pour les nouveaux projets d'investissements étrangers

Dans un contexte général de baisse du nombre de projets d'investissements directs étrangers sur le Vieux continent, la France tire son épingle du jeu selon une étude du cabinet EY.

La France double l'Allemagne en nombre d'investissements étrangers. C'est une première depuis 2010, selon un baromètre publié mardi par le cabinet EY. L'an passé, la France a ainsi accueilli 1027 projets d'investissements étrangers (+1% sur un an), soit davantage que l'Allemagne (973 projets, -13% sur un an). L'Hexagone se hisse ainsi à la 2e place européenne juste derrière le Royaume-Uni (1054 projets, -13% par rapport à 2017). 

Nombre de projets d'investissements étrangers
Nombre de projets d'investissements étrangers © EY

Dans un contexte général de baisse de 4% du nombre de projets d'investissements directs étrangers sur le Vieux continent, "la France résiste aux chocs", selon le titre de l'étude. Et l'Hexagone fait même mieux que résister en ce qui concerne les projets dans les activités de recherche et de développement. EY dénombre ainsi 144 créations ou extensions de sites de R&D financés par des sociétés étrangères l'an passé, un nouveau record avec un chiffre en progression de 85%. La France s'est hissée à la première place européenne en 2018 dans ce domaine, loin devant le Royaume-Uni (74 centres innovants accueillis) et l'Allemagne (64), où ces implantations fléchissent.

L'Hexagone est également en tête du palmarès européen en nombre d'implantations industrielles internationales, avec 339 projets recensés l'an dernier, contre 203 pour la Turquie et 152 pour l'Allemagne.

Le tertiaire en recul

A l'inverse, le nombre de projets est en recul pour les implantations tertiaires et commerciales sur le territoire français. En particulier, le nombre de projets d'implantation ou d'extension de centres de décision recule de 24% à 45 projets, contre 46 en Allemagne (-16% sur un an) et 48 au Royaume-Uni (-49%). La France peine à combler son retard en matière d'implantations de sièges sociaux, notamment à cause d'une fiscalité moins compétitive par rapport au Royaume-Uni. Même si un Brexit dur sans accord pourrait changer la donne. 

"L'industrie, qu'on croyait un peu perdue, est redevenue un enjeu contemporain", décrypte auprès de l'AFP Christophe Lecourtier, directeur général de Business France, l'agence publique chargée d'attirer les investisseurs étrangers. "En Europe, c'est d'abord chez nous que les Allemands, mais aussi des nations extra-communautaires comme les Etats-Unis viennent", relève Christophe Lecourtier qui ajoute que "la France a du foncier, de la culture industrielle, de la main d'oeuvre aussi, des infrastructures".

L'industrie recrée des emplois depuis mi-2017

Le nombre d'emplois industriels créés en France a en effet enregistré un petit rebond en 2017 et 2018 après une longue période de baisse, même si les suppressions de postes se succèdent encore, comme celles, au nombre d'un millier, annoncées chez General Electric la semaine dernière. Depuis mi-2017, l'industrie française crée ainsi plus d'emplois qu'elle n'en supprime. Sur le premier trimestre 2019, il y a eu près de 4.900 emplois nets créés (c'est-à-dire en prenant en compte les suppressions de postes) dans l'industrie, selon l'Insee

Business France avait publié début avril sa propre étude faisant état d'un nombre de projets d'investissement en hausse en 2018, même si ceux-ci ont créé 10% d'emplois de moins qu'en 2017. Car le nombre d'implantations seul ne mesure pas leur importance relative. Il peut y avoir beaucoup de petits projets par exemple ou de grands projets avec peu d'emplois à la clé.

C'est pourquoi il existe des indicateurs plus globaux comme le flux entrant des investissements directs étrangers (IDE). Il rend compte des "opérations qui accroissent l'investissement que les investisseurs étrangers ont réalisé dans les entreprises résidentes (...) moins les opérations qui font régresser l'investissement que les investisseurs étrangers ont réalisés dans les entreprises résidentes", explique l'OCDE. Selon les dernières données de l'organisme, le flux entrant d'IDE était de 56,3 milliards de dollars en 2018 pour la France, soit davantage que l'Allemagne (11,9 milliards de dollars), mais moins que le Royaume-Uni (64,5 milliards de dollars). 

Si on rapport ces investissements au PIB, la France (avec un flux d'entrant d'IDE représentant 2,03% du PIB) devance bien l'Allemagne (0,298%) et se situe bien au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE (1,187%). Elle est toutefois toujours en retrait par rapport au Royaume-Uni (2,282%). 

Le Royaume-Uni souffre des incertitudes liés au Brexit

Le baromètre d'EY fait par ailleurs écho à une autre étude publiée mi-mai par le cabinet A.T. Kearney qui a fait entrer la France dans le top 5 des pays jugés les plus attractifs par les investisseurs, devant la Chine, qui avait occupé la tête de ce classement entre 2002 et 2012.

EY compare surtout la France au Royaume-Uni, qui souffre des incertitudes et des risques liés au Brexit, et à l'Allemagne, puissance exportatrice qui dépend davantage de la conjoncture mondiale que l'économie française.

Paris reste pour la deuxième année consécutive la métropole européenne la plus attractive, mais c'est avant tout dû au recul de l'attractivité de Londres alors que la capitale française est "touchée par le climat social", à la suite du mouvement des "gilets jaunes".

Un enthousiasme qui est retombé

L'enthousiasme des investisseurs pour la France après l'élection d'Emmanuel Macron est toutefois retombé: ils ne sont plus que 30% à considérer que l'attractivité de la France va s'améliorer au cours des trois prochaines années, alors qu'ils étaient 56% de cet avis l'an dernier, selon un panel de 506 réponses obtenues au mois de janvier. Et seuls 19% envisagent de développer leur activité en France en 2019, contre 24% dans ce cas en 2018.

Pour Christophe Lecourtier, les signaux reçus des investisseurs depuis le début de l'année restent toutefois bons. Interrogés sur les "gilets jaunes", ils "sont surtout sensibles aux conditions de sortie de la crise plutôt qu'aux raisons de la crise", affirme le directeur de Business France.

Pour raviver leur optimisme, les investisseurs interrogés par EY demandent avant tout au gouvernement une "simplification administrative pour les entreprises" (à 47%), d'"améliorer la compétitivité fiscale de la France" (44%), et de "poursuivre la réduction du coût du travail" (37%).

De son côté, Emmanuel Macron s'est félicité dans un tweet que "la France avance". "Nous allons poursuivre nos efforts pour attirer toujours davantage d'investissements dans notre pays. C'est cela l'esprit de Choose France", a-t-il ajouté, en référence aux sommets organisés pour convaincre les investisseurs de se tourner vers la France.

Le président du Medef Geoffroy Roux de Bezieux a, sur RTL, salué une "très bonne nouvelle", ajoutant qu'"on peut imaginer qu'avec le Brexit, surtout si c'est un Brexit dur, ce classement ne durera pas".

C.C. avec AFP