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Samedi la consommation humaine aura dépassé les ressources que la Terre peut produire en un an

La Terre vue d'un satellite le 4 août 2015.

La Terre vue d'un satellite le 4 août 2015. - HO - EUMETSAT - AFP

Du fait des confinements, le "jour du dépassement" a reculé de 3 semaines cette année. Une nouvelle pas nécessairement réjouissante selon les ONG qui appellent à la nécessité d'un "changement systémique".

Samedi l'humanité aura consommé plus de ressources naturelles que la Terre peut renouveler en 12 mois: le symbolique "jour du dépassement" recule pour une fois cette année, l'an dernier, il était tombé le 29 juillet. 2020 marque donc un rare répit, mais celui-ci est lié aux conséquences de la pandémie mondiale et non à un changement systémique.

"Il n'y a pas de quoi se réjouir car ça vient avec des souffrances, ce n'est pas fait exprès mais à cause d'une catastrophe", soulignait jeudi Mathis Wackernagel, président de Global Footprint Network, l'ONG responsable du calcul de la date du "jour du dépassement" depuis 2003.

"1,6 Terre"

Ce "dépassement" se produit quand la pression humaine dépasse les capacités de régénération des écosystèmes naturels. Selon l'ONG, il ne cesse de se creuser depuis 50 ans: 29 décembre en 1970, 4 novembre en 1980, 11 octobre en 1990, 23 septembre en 2000, 7 août en 2010.

Le "Overshoot Day", selon son nom anglais, a pour but d'illustrer la consommation toujours plus rapide d'une population humaine en expansion. Pour le dire de façon imagée, il faudrait cette année 1,6 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale de façon durable.

Sa date est calculée en croisant l'empreinte écologique des activités humaines (surfaces terrestre et maritime nécessaires pour produire les ressources consommées et pour absorber les déchets de la population) et la "biocapacité" de la Terre (capacité des écosystèmes à se régénérer et à absorber les déchets produits par l'Homme, notamment la séquestration du CO2).

Réduire les émissions de gaz à effet de serre

Les comportements que le "jour du dépassement" met en cause et leurs conséquences sont largement documentés par les scientifiques, et les derniers rapports des experts de l'ONU identifient clairement les directions à suivre: réduction des émissions de gaz à effet de serre, sortie des énergies fossiles, changement drastique du modèle de production agro-alimentaire...

Car pour tenir les objectifs de l'accord de Paris de 2015 et maintenir l'élévation globale de la température "nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, et si possible à 1,5°C, les émissions de gaz à effet de serre devraient baisser de 7,6% annuellement", selon l'ONU.

Un changement systémique nécessaire

Or, selon une étude publiée début août par la revue Nature Climate Change, la chute sans précédent des émissions de gaz à effet de serre (entre 8 et 10%) pendant les périodes de confinement ne servira à "rien" pour ralentir le réchauffement climatique, en l'absence d'un changement systémique en matière d'énergie et d'alimentation.

Global Footprint Network insiste sur ce point, notamment via la campagne #movethedate (faire reculer la date), assurant que réduire de 50% les émissions de CO2 issues de la combustion d'énergies fossiles permettrait de repousser le dépassement de plus de 90 jours.

Marco Lambertini directeur général du WWF, partenaire de l'événement depuis 2007, veut espérer qu'après le Covid, et les réflexions qu'il a déclenché sur les modèles de société, les humains sauront "tirer des leçons de ce que cette pandémie a mis en lumière: la relation non-soutenable, de gaspillage et destructrice que nous entretenons avec la nature, la planète".

Par MH avec AFP