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Pourquoi la disparition de la salamandre d'Asie centrale et l'aster des Pyrénées est grave

Une salamandre à Schönau am Königssee, en Allemagne, en octobre 2019 (photo d'illustration)

Une salamandre à Schönau am Königssee, en Allemagne, en octobre 2019 (photo d'illustration) - Matthias Balk/dpa/AFP

Il n'y a pas que les ours blancs et rhinocéros qui sont en danger. Des milliers d'espèces de mammifères, amphibiens, insectes et végétaux risquent de disparaître. Et c'est tout aussi inquiétant.

La biodiversité est en péril. Alors que se tient ce mercredi la journée mondiale de la vie sauvage, faune et flore n'ont jamais été autant en danger. Comme le pointe la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), quelque 36.000 espèces sont menacées d'extinction sur les près de 129.000 suivies par l'organisme. Dans le détail, cela concerne quatre amphibiens sur dix, 26% des mammifères, un tiers des conifères et près de trois crustacés sur dix.

Le dodo de l'île Maurice

Par extrapolation, un million d'espèces végétales et animales seraient ainsi menacées d'extinction dans les prochaines décennies, selon un rapport de l'ONU. "La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine - et le taux d'extinction des espèces s'accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier", met en garde la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), sorte de Giec de la biodiversité.

Certaines pertes sont déjà irréversibles. À l'exemple du célèbre dodo, cette espèce d'oiseau de l'Île Maurice qui s'est éteinte à la fin du XVIIe siècle après que les humains ont détruit les forêts où ils faisaient leur nid et apporté des ravageurs.

Au cours des cinq derniers siècles, quelque 872 espèces se sont éteintes, dénombre l'UICN. Un total qui n'est pas représentatif de la réalité puisque des pans entiers de la biodiversité restent inconnus, toutes les espèces - animales et végétales - n'ayant pas encore été recensées. Si 2 millions d'entre elles ont été identifiées, la biodiversité totale pourrait être quatre à cinq fois supérieure et est estimée par les scientifiques de l'ordre de 8 à 10 millions d'espèces.

Rhinocéros contre coléoptère

Parmi ces espèces en danger, certaines sont charismatiques et emblématiques, à l'image de l'ours blanc, du rhinocéros ou du tigre qui font régulièrment parler d'elles. Mais d'autres, tout autant menacées, sont moins connues et disparaissent dans l'anonymat.

C'est le cas de la salamandre d'Asie centrale, qui vit entre la Chine et le Kazakhstan; l'aster des Pyrénées, une plante herbacée que l'on trouve dans le Sud de la France et en Espagne; halichoeres socialis, un petit poisson multicolore du Belize; pseudophryne corroboree, un petit amphibien jaune et noire emdémique du sud-est de l'Australie ou encore bembidion derelictus, un coléoptère que l'on ne trouvait que sur une île des açores et possiblement déjà éteint. La liste est longue. En 2020, quelque 31 nouvelles espèces ont ainsi disparu.

Un individu de l'espèce pseudophryne corroberee, dans un zoo de Sydney, en Australie, en 2009
Un individu de l'espèce pseudophryne corroberee, dans un zoo de Sydney, en Australie, en 2009 © Torsten Blackwood-AFP

Pour Florian Kirchner, chargé de programme "espèces" au sein du comité français de l'UICN, ces disparition successives fragilisent les écosystèmes au point, à plus ou moins long terme, de les mettre en péril.

"Une exinction n'est jamais anodine car toutes les espèces sont liées entre elles, explique-t-il à BFMTV.com. La disparition d'une seule peut entraîner la disparition d'une autre. S'il n'y avait, à l'échelle du globe, que quelques espèces qui disparaissaient, ce serait triste mais pas dramatique. Les écosystèmes ne s'effondreraient pas. Mais aujourd'hui, les espèces disparaissent 100 à 1000 fois plus vite que le taux naturel d'extinction."

Avec des effets en cascade. Ce qui explique que l'humanité soit entrée dans la sixième extinction de masse - après la cinquième qui était celle des dinosaures.

"L'originalité de cette nouvelle crise, alors que les précédentes étaient liées à un événement volcanique intense, un refroidissement sévère du climat ou encore la chute d'une météorite, c'est qu'elle est due à l'impact d'une seule espèce, l'être humain, sur l'ensemble de la biosphère", déplore Florian Kirchner.

Les principales causes de cette crise de la biodiversité sont connues. Dans l'ordre: la destruction des habitats naturels, notamment par la déforestation, l'urbanisation et l'agriculture intensive. Puis la surexploitation, avec la surpêche, le prélèvement de bois tropicaux ou le braconnage.

"La biodiversité est notre meilleure alliée"

Viennent ensuite la pollution, chimique et plastique, ainsi que l'introdution de nouvelles espèces qui finissent par déstabiliser les écosystèmes. C'est le cas de la petite mangouste indienne, introduite pour lutter contre les serpents, mais qui a mis à mal les populations de moqueurs gorge-blanche, un oiseau de Martinique. Enfin cinquième et dernier coupable: le changement climatique.

"Cette nouvelle menace vient s'ajouter aux autres et deviendra majeure dans un avenir proche, poursuit Florian Kirchner. Pourtant, la biodiversité est notre meilleure alliée pour faire face au changement climatique."

Production d'oxyène, capacité à stocker le carbone, atténuation des effets des événements climatiques violents, pollinisation, purification des eaux ou encore fertilité des sols: ce représentant de l'UICN évoque les nombreux services rendus par la biodiversité qui permettent la vie sur Terre.

"La moitié des médicaments sont issus des plantes, animaux et champignons. Alors qu'on ne connaît qu'un quart des espèces, cela laisse imaginer toutes les possibilités avec les découvertes à venir. Nous dépendons, au quotidien, de la nature. Si elle se dégrade, il est évident que l'humain va en pâtir."
https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV