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One Planet Summit: est-il trop tard pour sauver la biodiversité?

Un lagotriche commun réintroduit dans une réserve naturelle de Colombie, en novembre 2020 (photo d'illustration). L'espèce est classée en danger critique

Un lagotriche commun réintroduit dans une réserve naturelle de Colombie, en novembre 2020 (photo d'illustration). L'espèce est classée en danger critique - Raul Arboleda-AFP

Alors qu'un million d'espèces animales et végétales sont en danger, la France accueille ce lundi un sommet pour protéger la biodiversité.

Peut-on encore sauver la biodiversité? La quatrième édition du One Planet Summit consacré à la biodiversité se tient ce lundi à Paris. L'objectif: relancer une diplomatie verte mise à l'arrêt en 2020 alors que l'année 2021 s'annonce chargée. Le congrès de l'Union internationale de conservation de la nature doit en effet avoir lieu en septembre prochain à Marseille, avant trois COP de l'ONU: la COP de lutte contre la désertification, la COP 15 pour la protection de la biodiversité et la COP 26 sur le changement climatique, ces deux dernières ayant été reportées à cause de la Covid-19.

Une trentaine de personnalités doivent ainsi intervenir - principalement par visioconférence, pandémie oblige - dont le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, le président de la Banque mondiale, le prince Charles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la chancelière allemande, Angela Merkel, ou encore les premiers ministres britannique, Boris Johnson, et canadien, Justin Trudeau.

Si le One Planet Summit reste informel, des mesures concrètes pourraient cependant être annoncées. Une cinquantaine de pays pourraient ainsi s'engager à placer 30% de leur territoire en espaces protégés et des fonds devraient également être réunis - un peu plus de 8 milliards d'euros - afin d'accélérer la "grande muraille verte" qui vise à lutter contre la désertification autour du Sahara.

Un million d'espèces en danger

Car il y a urgence. Selon un rapport de l'ONU, un million d'espèces végétales et animales sont menacées d'extinction dans les prochaines décennies. "La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine - et le taux d'extinction des espèces s'accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier", alertait ainsi en 2019 la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Les dégâts sont importants: une espèce de mammifères sur quatre, un oiseau sur huit, plus d'un amphibien sur trois, un tiers des récifs coralliens et autant d'espèces de conifères et de chênes sont menacées d'extinction, dénombre par ailleurs l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui a compté en 2020 la disparition de 31 nouvelles espèces. Dont une espèce de chauve-souris en Australie, des poissons d'eau douce qui vivaient dans un lac aux Philippines ou encore une fleur de l'île d'Hawaï.

L'UICN a également constitué une liste qui recense 872 espèces éteintes au cours des 500 dernières années même s'il reste difficile d'évaluer le nombre de végétaux ou d'animaux qui disparaissent, toutes les espèces n'ayant pas encore été recensées. Si quelque 1,2 million d'espèces vivantes ont ainsi été officiellement décrites, la Terre pourrait en réalité en compter quelque 8,7 millions. Certains chercheurs ont même évoqué le chiffre de 2 milliards. Quoi qu'il en soit, des pans entiers de la biodiversité restent encore inconnus.

"Il est encore temps"

Pourtant, l'IPBES ne se montrait pas défaitiste. "Le rapport nous dit aussi qu'il n'est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial", insistait ainsi son président. C'est également le point de vue de Gilles Boeuf, enseignant-chercheur, spécialiste en physionomie environnementale, biodiversité et océanologie.

"Il faut garder espoir, invite-t-il pour BFMTV.com. Même si la situation est sérieuse, il n'est jamais trop tard pour bien faire."

Ce biologiste identifie plusieurs grandes causes à cet effrondrement de la biodiversité: la destruction des écosystèmes - prairies, zones humides, forêts - la pollution - des micro-plastiques aux métaux lourds en passant par les perturbateurs endocriniens - la surexploitation des ressources naturelles, la dissémination des espèces qui créée de la compétition - à l'exemple du frelon asiatiaque - et enfin le changement climatique.

"Il est grand temps que le monde s'empare de ces sujets, c'est l'affaire et le rôle de tous. Mais il faut en faire la priorité des priorités pour doner un véritable coup d'accélérateur."

D'autant que pour Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France, la protection de la biodiversité est un sujet bien plus vaste qu'il n'y paraît. "Ce dont il est question, c'est aussi de la survie des êtres humains." Et rappelle les liens entre biodiversité et climat.

"Notre modèle alimentaire a atteint ses limites. La manière dont on produit et on consomme n'est plus viable ni pour les agriculteurs, ni pour les consommateurs, ni pour la nature. À l'heure du changement climatique, il est grand temps d'adopter de nouvelles pratiques."
https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV