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Les peuples autochtones rejoignent l'UICN, entre exigence et méfiance

Image d'illustration - Manifestation d'indigènes du Brésil devant la Cour Suprême à Brasilia le 24 août 2021

Image d'illustration - Manifestation d'indigènes du Brésil devant la Cour Suprême à Brasilia le 24 août 2021 - CARL DE SOUZA © 2019 AFP

"Historiquement, les aires protégées ont été créées à travers l'usurpation des territoires des communautés" autochtones déclare Relmu Namku, une indigène mapuche argentine, présente à Marseille.

Les peuples autochtones font leur entrée cette année dans l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme membres de pleins droits, avec leurs exigences, mais aussi leurs doutes et leur défiance. À cause du Covid, à peine une vingtaine d'activistes autochtones ont pu faire le déplacement jusq'à Marseille. Avec la volonté de se faire entendre.

"Nous critiquons sévèrement la façon dont la préservation de la nature a été gérée pendant toutes ces années", explique Relmu Namku, indigène mapuche argentine à l'AFP. "Historiquement, les aires protégées ont été créées à travers l'usurpation des territoires des communautés" autochtones. Être membre de l'UICN, avec un droit de vote, "peut servir à faire pression sur nos gouvernements", ajoute-t-elle.

Cette femme a été jugée en 2015 pour s'être opposée à la police afin d'empêcher l'exploitation d'un gisement pétrolifère, avant d'être jugée non coupable. Malgré les difficultés liées à la pandémie du Covid-19, elle a pu voyager jusqu'à Marseille où se tient le congrès mondial de l'UICN.

Sa position n'est pas partagée par tous: les Navajos aux États-Unis ont ainsi décidé en 2019 d'acheter les mines de charbon exploitées pendant des décennies par des sociétés, sur leurs terres en Utah, en dépit des conséquences environnementales possibles.

"Les droits d'entrée sont tellement élevés pour nous"

L'UICN rassemble des États, des agences gouvernementales, des ONG internationales et nationales, des agences de développement économique, des entreprises. Elle est forte de plus de 1400 membres, appuyés par de nombreux experts. Ses avis et motions votées par ses membres tous les quatre ans font donc référence dans le monde de la protection de la nature.

L'entrée des peuples autochtones est le résultat d'un long processus semé d'embûches, selon des sources intérieures et extérieures à l'organisation.

"Ils nous ont invités (pendant des années), mais les peuples indigènes ne se considèrent pas comme des organisations de protection de la nature", raconte à l'AFP Victoria Tauli-Corpuz, ancienne rapporteure spéciale sur les droits des peuples autochtones à l'ONU. "Nous sommes des nations, nous sommes des peuples", s'exclame cette responsable autochtone philippine. "De plus, les droits d'entrée sont tellement élevés pour nous. D'où pensent-ils que les peuples autochtones tirent leur argent?"

Les cotisations à l'UICN varient de 300 francs suisses (276 euros) jusqu'à 20.000 francs suisses (18.500 euros) annuellement, selon des critères précis, notamment de revenus. "Depuis les années 1980, des groupes autochtones ont été membres de l'UICN, les Inuits ont fait partie des premiers", se souvient Enrique Lahmann, responsable de l'organisation du congrès à Marseille. Mais ils ne possédaient pas de droit de vote. Les peuples autochtones auront désormais leur propre voix, mais au moment de voter, ils formeront partie du collège des organisations non gouvernementales.

80% de l'Amazonie protégée d'ici 2025

Leur demande principale? Que 80% de l'Amazonie soit protégée d'ici 2025. Leur raisonnement est simple: "La moitié des arbres, 80% de la biodiversité" du globe, se trouve dans des territoires autochtones, rappelle Peter Seligmann, un Américain qui après des années de militantisme a créé sa propre organisation, Nia Tero (Notre Terre) avec des indigènes au conseil d'administration.

"Cela n'a pas de sens que des consultants, des entreprises, viennent enseigner aux indigènes ce qu'ils doivent faire pour protéger (la nature), c'est ce que nous faisons depuis toujours", argumente José Gregorio Diaz Mirabal, de la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien.

Le chemin est encore long pour rapprocher le monde de la protection de la nature, éminemment scientifique, et celui des indigènes, traditionnel, et éliminer peu à peu les défiances mutuelles.

Il y a "une réticence des communautés à partager leurs connaissances et une réticence aussi des scientifiques (...) à cause de la fiabilité" des savoirs traditionnels, constate Aissatou Dicko, représentant indigène du Burkina Faso. "En Afrique nous avons plein de tabous".
S. V. avec AFP