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Le métro encore plus pollué que le périphérique parisien

Le métro est-il un moyen de transport sûr? Oui, si l'on considère les accidents peu nombreux, mais beaucoup moins si l'on mesure la pollution, notamment aux particules fines, que son fonctionnement produit. Sous terre, l'air est encore plus vicié qu'à la surface.

Dans le métro encore plus qu'ailleurs, la pollution aux particules fines est omniprésente et d'autant plus dangereuse qu'elle y est invisible, inodore, incolore. Les usagers ne se doutent pas un instant que la norme supérieure de 50 microgrammes par m3 et par jour est souvent allègrement dépassée. Aux heures de pointe dans certaines stations, comme le 6 mai à Châtelet entre 8h et 20h, des taux supérieurs à 140 microgrammes par m3 ont été enregistrés, avec une pointe à 237 microgrammes entre 9h et 10h, soit plus de quatre fois le seuil d'alerte.

Le seuil d'alerte régulièrement dépassé

Baptisées PM10 parce que leur taille est inférieure à 10 microns, ces particules de pollution se révèlent mortifères non seulement à long terme, mais aussi à très court terme, autrement dit à l'échelle de quelques jours, révélait en mars l'Institut de veille sanitaire (InVS).

Des alertes, au-delà d'une concentration de 80 microgrammes par m3, sont régulièrement émises par des organismes tels Airparif. Des mesures de réduction de la vitesse voire de circulation alternée peuvent alors être adoptées. Sur certaines lignes de métro, ce seuil est très régulièrement et très largement dépassé, comme le montrent les mesures réalisées par la RATP elle-même.

Plus pollué que les abords du périphérique parisien

D'où vient la pollution du métro? Comme sur terre, elle provient des systèmes de freinage des véhicules, ici des rames. Les travaux en sont une autre source, avec cet inconvénient que l'air n'est pas brassé comme à la surface par le vent. Une mesure réalisée aux abords du périphérique a montré une pollution moindre que sur les quais du métro. Selon l'allergologue Farid Marmouz, une "vigilance" s'impose. Ce conseiller de l'association Asthme et allergies pointe le fait que "la pollution dans le métro est effectivement beaucoup plus élevée que dans les rues de Paris et sur le périphérique parisien". Selon le spécialiste, il faut commencer à prendre en compte le risque à partir du moment où l'on prend le métro "plus de 35 jours par an".

Un freinage moins polluant à l'étude 

Face à cette menace silencieuse, les usagers, mais aussi et surtout les personnels du métro qui passent une grande partie de leur journée sous terre sont inquiets. "On ne veut pas arriver à la même chose qu'avec l'amiante où tout le monde savait, mais où on n'a rien fait jusqu'à une certaine période et maintenant, on connaît les effets dévastateurs sur la santé", déplore Fabien Tosolini, de la CFDT Tranports.

Selon le professeur Farid Marmouz, un système de freinage moins polluant est à l'étude par la RATP, tandis que les rames doivent "être révisées dans leur conception".

Que peuvent faire usagers et personnels du métro pour se protéger contre cette pollution? "A mon avis, l'utilisateur du métro ne peut pas faire grand chose, mise à part faire pression sur les pouvoirs publics pour qu'ils prennent en compte ce risque de pollution", se résigne Farid Marmouz. Mais, rappelle le médecin qui insiste sur le fait que "le risque zéro n'existe pas", "les personnes prédisposées, les asthmatiques, les personnes présentant des difficultés respiratoires, les personnes de plus de 60 ans qui commencent à avoir des maladies cardio-vasculaires" doivent être particulièrement plus vigilantes.

D. N. avec M. Vecchio, J. Jacquet et A. Pateyron