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Le grand hamster d'Alsace en "danger critique"

Un grand hamster d'Alsace.

Un grand hamster d'Alsace. - Frederick Florin

Le rongeur a disparu des trois quarts de son habitat originel.

Ventre noir, dos roux et taches blanches sur le museau, le grand hamster d'Alsace est désormais "en danger critique" d'extinction, victime en France d'un appauvrissement de son milieu de vie qui pousse même les femelles à dévorer leurs petits.

Le petit rongeur sauvage appelé hamster d'Europe, grand hamster d'Alsace ou encore cochon de seigle, était autrefois abondant en Europe, de l'Alsace jusqu'à la Russie. Mais soumis à une variété de pressions (extension des monocultures, développement industriel, pollution lumineuse...), il a disparu des trois quarts de son habitat originel en Alsace et en Europe de l'Est, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui l'a classé jeudi "en danger critique" sur sa fameuse liste rouge. 

"L’espèce pourrait disparaître au cours des 30 prochaines années"

Son taux de reproduction est en chute libre (20 petits par femelle par an pendant la majeure partie du XXe siècle, contre 5 ou 6 aujourd'hui), et "si rien ne change, l’espèce pourrait disparaître au cours des 30 prochaines années", s'est alarmée l'organisation.

Le statut réclamé depuis plusieurs années par les experts européens du rongeur "remet l'espèce sous le feu des projecteurs et ça ne peut qu'aider à sa préservation", s'est réjoui Julien Eidenschenck, spécialiste de l'Office français pour la biodiversité (OFB).

La France, qui protège l'animal depuis 1993, a engagé des plans de conservation qui ont permis de "stabiliser" sa population ces dernières années, selon plusieurs experts. Mais la chute des effectifs depuis les années 1970, où il était considéré comme un nuisible à détruire, est spectaculaire. 

"On estime qu'il y avait plusieurs centaines de milliers de hamsters au début des années 1970 en Alsace. Aujourd'hui on estime qu'il reste environ 1.500 individus", explique à Julien Eidenschenck.

Présent dans une vingtaine de communes

L'indicateur historique était le nombre de communes où il vivait: plus de 300 en 1972 contre une vingtaine aujourd'hui. L'estimation se fait désormais grâce au comptage des terriers - en général occupés par un adulte - après l'hibernation chaque printemps: 400 en 2016, 750 en 2019. Tous les terriers ne pouvant être trouvés, le chiffre est ensuite extrapolé.

Pour freiner le déclin de l'espèce, des hamsters élevés en captivité sont relâchés chaque année en Alsace et un travail est fait avec les agriculteurs pour améliorer leur habitat, notamment pour leur offrir une meilleure protection contre les prédateurs (renards, chats...) et diversifier leur alimentation dans une plaine d'Alsace marquée par les monocultures du maïs et du blé.

Une carence en vitamine B3

Une étude publiée en 2017 dans la revue Royal Society Proceedings B avait mis en lumière le problème posé par une carence en vitamine B3 liée à une alimentation basée uniquement sur le maïs.

"Cette carence fait que les femelles mangent leurs petits dès qu'elles mettent bas", explique à Caroline Habold, chercheuse à l'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien à Strasbourg, qui avait participé à l'étude.

"On l'a observé en laboratoire chez 90% des mères", souligne-t-elle. Quant au blé, "il n'a pas assez de protéines: les femelles ont un vrai comportement maternel mais elles échouent en raison du manque de protéines".

Et les pratiques agricoles ne sont pas le seul problème: "cet animal est vraiment au cœur des conflits d'usage entre économie et environnement", poursuit la chercheuse. Les défenseurs de l'environnement dénoncent en particulier le projet de grand contournement ouest de Strasbourg qui passera par une des rares zones où il survit encore.

H.G. avec AFP