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Danone réinvente son business

Réduction de l’empreinte carbone des bouteilles du groupe Danone

Réduction de l’empreinte carbone des bouteilles du groupe Danone - -

Un verbe fleurit dans les entreprises depuis quelques temps: réinventer. Il y a eu Axa, Veolia il y a peu, Danone affiche aussi sa stratégie. Une évolution logique au vu du contexte économique mais aussi des enjeux environnementaux. Et même si Danone fait du développement durable depuis son origine, un nouveau virage était nécessaire. Illustration avec Danone Eaux France.

Le développement durable est un exercice délicat pour l'entreprise Les ambitions affichées sont-elles la solution idéale ? Comment faire coïncider business et enjeux environnementaux ? Comment répondre aux attentes des consommateurs tout en restant fidèle à ses objectifs ? Danone Eaux France témoigne de ce travail d'équilibriste en dressant un bilan de son objectif fixé il y a cinq ans: une réduction de 40% de son empreinte carbone. Mission accomplie pour le numéro 2 mondial du secteur ! Pour rappel, en France ce sont les marques Evian, Volvic, Badoit et La Salvetat.

Danone qui est durable dans ses gènes ( Antoine Riboud a donné le la ) a choisi d'avoir une approche globale, de la ressource à la production, l'emballage, les transports et même la seconde vie des produits. Danone se satisfait de cette première étape mais se veut modeste. Le groupe n'a pas travaillé seul. Il a rassemblé plusieurs partenaires autour de lui. Une démarche intelligente qui fait sa force.

Véronique Penchienati directrice générale de Danone eaux France parle elle-même de réinventer la façon de faire du business (le voilà, le fameux verbe). Créer de la valeur pour une croissance durable.

De nouveaux matériaux

Comment s'y prend-t-on ? En matière de gestion des ressources, l'eau si précieuse, protéger la zone d'infiltration est primordial. On l'appelle cela l'impluvium. Celui d'Evian a été reconnu au niveau international par la convention de Ramsar qui a permis de classer et de protéger ces zones . Danone revient sur une idée reçue: il ne pompe pas dans les réserves. L'eau qui tombe sur les zones d'infiltration met des années à être filtrée avant de ressortir à débit constant. Danone ne laisse donc ce bien se tarir. Depuis vingt ans il le suit tout de même de près en s'associant avec les collectivités à travers des systèmes en co-gestion. Il vaut mieux prévenir...

Et une fois qu'on a l'eau, il faut la bouteille. Connaissez vous l'empreinte carbone d'une bouteille d'eau ? L'emballage en représente la moitié, la logistique 42% et 7% l'énergie. Evidemment comme de nombreux groupes, Danone Eaux s'engage à réduire sa consommation d'énergie. Mais c'est avant tout sur l'emballage qu'il agit . L'emballage est central pour garantir la pureté du liquide. Il faut savoir que l'eau est un des produits les plus difficiles à emballer. La date limite d'utilisation notamment est assez longue (deux ans). Le groupe s'est donc efforcé d'alléger les bouteilles autant que possible. En cinq ans, une réduction de 5 à 17% de la matière plastique selon les marques. 4.000 tonnes de PET économisé chaque année

Réduire oui mais dans quelle limite ? Le consommateur ne doit pas être lésé. Il veut pouvoir retrouver ses habitudes. Danone communique beaucoup d'ailleurs. Reste à l'écoute des attentes des amoureux d'Evian et de toutes ses marques. L'emballage est un bon vecteur de communication pour parler tri mais aussi hydratation. Et même si une bouteille sur deux est recyclée grâce à l'éco-organisme Eco-Emballage il faut passer à la vitesse supérieure.

Danone va plus loin. Le groupe veut bouger. Pour Véronique Penchienati , la stratégie d'entreprise c'est une écoute perpétuelle et un engagement des salariés. Le groupe veut travailler sur de nouveaux matériaux. Il y a eu 1992 et Evian première marque à basculer du PVC au PET .

Puis 2010 et la bouteille Volvic à 20% d'origine végétale. A quand le 100% ? Pour faire avancer le dossier, Danone eaux France a monté un partenariat avec une société néerlandaise Avantium qui élabore une nouvelle génération d'emballage 100 % d'origine végétal. Et aussi rentable que le PET. Puisque c'est là le nerf de la guerre. Son nom, le PEF. Au point de fermer le marché aux concurrents ? Pour Danone, pas question. Si d'autres peuvent en profiter, cela fera bouger les lignes.

Etre capable de s'adapter

Il ne faut pas oublier non plus la logistique avec le choix affiché du ferroviaire. Une empreinte carbone dix fois plus vertueuse par le rail. Le groupe a repensé le modèle ferroviaire des trains. Jusqu’à les faire rentrer dans une usine. Au final une augmentation de 40 à 60% des flux expédiés par le rail. Son partenaire : SNCF-Fret que ce travail commun semble dépoussiérer. Danone n'hésite pas à le challenger sur un domaine où il reste encore à faire en France.

C'est donc tout un maillage qui se met en place pour faire aboutir la stratégie. Durable mais aussi économique. En 2008, le marché de l'eau n'était pas au mieux, Danone réagit. Ses choix environnementaux ont fait le reste. L'an dernier, Danone connaît une croissance de 5 %. Et puis préserver ses ressources, limiter le recours à la pétro-chimie c'est aussi un engagement de pérennité de l'entreprise. Même si le discours n'est ouvertement pas axé sur ces enjeux-là. Danone fixe ses prochains objectifs à 2020 sans donner encore de précision sur le chiffrage.

Maintenir le cap tout en étant capable de s'adapter, c'est désormais incontournable pour une entreprise. Et plus que jamais elle dépend des consommateurs. Autant que l'échange soit bien réel. Pour pouvoir...se réinventer.

Nathalie Croisé de BFM Business