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La crue de la Seine et de ses affluents a-t-elle été mal anticipée?

Plusieurs fois repoussé, le pic de la crue de la Seine devrait être atteint dans la nuit de vendredi à samedi.

Plusieurs fois repoussé, le pic de la crue de la Seine devrait être atteint dans la nuit de vendredi à samedi. - Joël Saget - AFP

Alors que le pic de la crue de la Seine devrait être atteint dans la nuit de vendredi à samedi, les nombreux changements de prévisions soulèvent des interrogations sur l'anticipation de ces inondations par les autorités.

Si leur envergure n'atteindra probablement pas celle de la crue centennale de 1910, les inondations qui touchent depuis plusieurs jours la Seine et ses affluents peuvent d'ores et déjà être considérées comme historiques. Et alors que des milliers de personnes ont dû être évacuées, notamment en Seine-et-Marne et dans l'Essonne, les assurances chiffrent déjà à près de 600 millions d'euros le coût de ces intempéries.

Vendredi, la ministre de l'Écologie Ségolène Royal a annoncé que le pic de la crue, plusieurs fois repoussé, serait finalement atteint dans la nuit, se stabilisant entre 6,10 et 6,40 mètres. Un soulagement pour les Franciliens, alors que les prévisions ont dû être revues à la hausse à plusieurs reprises ces derniers jours. Des hésitations qui poussent à se demander si cet événement climatique a été correctement anticipé par les autorités.

Des plans déclenchés tardivement

Invité à débattre sur le plateau de BFMTV, le sénateur UDI et conseiller de Paris Yves Pozzo Di Borgo a ainsi raconté une anecdote révélatrice. Cet ancien adjoint au maire du VIIe arrondissement a passé la journée de vendredi dans le quartier, fortement menacé par la hausse du niveau de l'eau.

"Vers 4 heures de l'après-midi arrivent des ouvriers qui sont en train de faire un barrage devant l'Assemblée nationale, raconte Yves Pozzo Di Borgo. Je m'interroge, évidemment, et j'apprends que c'est l'application du plan 5,5 mètres. C'est là qu'on active ce plan-là, donc on fait des barrages, alors qu'on était déjà depuis mercredi beaucoup plus haut. Il y a manifestement de la part de ceux qui décident un retard à l'allumage."

Le sénateur tance ainsi le discours de Ségolène Royal. Plus tôt dans l'après-midi, la ministre de l'Écologie a tenu une conférence de presse pour annoncer le pic de la crue de la Seine à Paris dans la nuit. Elle y a également expliqué que les prévisions ont été relevées par rapport à jeudi soir, "notamment suite au re-calage de la station de mesure automatique, qui avait été perturbée par des déchets."

Ségolène Royal a ainsi tenu à rappeler que "tout n'est pas mesurable, et notamment la vitesse d'afflux des affluents dans la Seine, avec le sol qui est gorgé d'eau. Les modèles arithmétiques traditionnels ne sont pas forcément adaptés à la nouvelle situation."

Prévisions scientifiques difficiles

Une difficulté que confirme Charles Perrin, hydrologue à l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, et expert en prévision des crues.

"Les phénomènes de crue sont assez difficiles à prévoir, parce que les précipitations sont difficiles à prévoir, sont très hétérogènes dans l'espace, et tombent sur des bassins versants (les zones où se concentrent les eaux qui s'écoulent, Ndlr) d'une grande diversité, qui réagissent avec des temps différents, justifie le scientifique. Le chemin de l'eau est aussi différent, en surface il va très rapidement, dans les sols il va plus doucement."

L'hydrologue précise toutefois que "les outils de prévision sont fiables", mais dépendent "de l'échéance à laquelle on espère ces prévisions".

"Aujourd'hui on estime qu'à 24 ou 36 heures on arrive à dire des choses relativement fiables. Mais encore une fois, il y a des incertitudes sur les précipitations qui vont tomber, et les modèles de propagation de l'eau dans la rivière sont aussi incertains, donc on en peut pas encore aujourd'hui prévoir avec une précision au centimètre près."

Il y a deux mois à peine, les autorités de la capitale simulaient une nouvelle crue centennale, à l'image de celle qui l'avait touchée en 1910. Alors que la décrue de celle-ci pourrait prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, la nature a bien rappelé que malgré tant de préparation, elle était encore la plus forte.
Hélène Millard