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VIDEO - Michel Houellebecq: "oui, je suis Charlie"

L'écrivain Michel Houellebecq, interviewé par Antoine de Caunes pour le Grand Journal de Canal +, jeudi.

L'écrivain Michel Houellebecq, interviewé par Antoine de Caunes pour le Grand Journal de Canal +, jeudi. - Capture d'écran - Canal +

Dans un entretien accordé à Antoine de Caunes pour "Le grand journal" sur Canal+, Michel Houellebecq évoque pour la première fois l'attentat à Charlie, Hebdo dans lequel son ami Bernard Maris a été tué.

Pour la première fois depuis la mort de son ami Bernard Maris, alias "Oncle Bernard", l'écrivain Michel Houellebecq sort du silence. "Oui, je suis Charlie", a déclaré, très ému, l'auteur controversé du roman Soumission dans un entretien enregistré jeudi, au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, et diffusé lundi soir dans le Grand Journal de Canal+.

"C'est la première fois de ma vie que quelqu'un que j'aimais se fait assassiner", a poursuivi Michel Houellebecq, la voix étranglée par l'émotion. L'écrivain a été profondément affecté par la mort de son ami Bernard Maris, tué mercredi au cours de l'attentat contre Charlie Hebdo à l'âge de 68 ans. Les deux hommes se connaissent depuis de nombreuses années. L'économiste admirait Michel Houellebecq, y voyant un analyste lucide du libéralisme, au point de lui consacrer un ouvrage, Houellebecq économiste

"Je ne suis pas en forme"

"On devait participer ensemble à un débat fin mars car il allait publier un nouveau livre", affirme encore Michel Houellebecq, avant d'expliquer sa décision de se mettre en retrait de la vie médiatique. "J'arrête la promotion (de Soumission, ndlr) parce que je n'ai pas envie de parler de mon livre en ce moment. Je ne suis pas en forme".

Il s'agit du dernier entretien accordé par le romancier avant qu'il ne suspende la promotion de Soumission (Flammarion). L'interview a été réalisée juste avant son départ, dans le bureau d'Antoine de Caunes. 

Télescopage frappant, la une de Charlie Hebdo représentait une caricature de l'écrivain le jour de l'attentat et de la sortie ultra médiatisée de Soumission, en tête des ventes depuis sur Amazon. Sous le titre "Les prédictions du mage Houellebecq", le dessinateur Luz faisait dire au romancier: "en 2015 je perds mes dents", "en 2022 je fais Ramadan!".

"Il n'y a pas de limites à la liberté d'expression"

Interrogé sur cette caricature, Houellebecq a estimé: "Elle est pas mal". Plusieurs pages intérieures de Charlie Hebdo étaient aussi consacrées au roman. "Mon livre n'est pas islamophobe", a assuré Houellebecq sur lequel se sont abattues des critiques virulentes avant même la publication de Soumission. Dans ce roman, il imagine l'arrivée du chef d'un parti musulman à l'Elysée en 2022 et suit la trajectoire d'un prof de littérature très "houellebecquien" jusqu'à la conversion de ce dernier à l'islam.

"Je ne veux pas qu'on dise 'vous êtes libre' et qu'on me parle de responsabilité. Il n'y a pas de limites à la liberté d'expression". "C'est le jugement de mes pairs qui importe à mes yeux. Ce que dit Manuel Valls, je m'en fiche", a rétorqué l'écrivain, interrogé sur les réactions suscitées par Soumission, notamment celle du Premier ministre qui avait déclaré jeudi "La France ça n'est pas Michel Houellebecq" et "ça n'est pas l'intolérance, la haine, la peur". Quant à Marine Le Pen, "celui qui réussira à me récupérer n'est pas encore né. Qu'elle essaye ! Let's try", a lancé Houellebecq.

M. R. avec AFP