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Trois questions à Masamune Shirow, le créateur de Ghost In The Shell

Détail de la couverture de la nouvelle édition française de Ghost in the Cell

Détail de la couverture de la nouvelle édition française de Ghost in the Cell - THE GHOST IN THE SHELL © Shirow Masamune / Kodansha Ltd.

ENTRETIEN - Le créateur revient sur son processus créatif à l’occasion de la parution en France de la nouvelle traduction de son manga culte et de l'adaptation hollywoodienne avec Scarlett Johansson.

Publié tous les trois mois entre 1989 et 1990 dans la revue Young Magazine édition pirate, Ghost in the Shell raconte les aventures du major Kusanagi, cyborg très puissante d'une section anticriminelle, et sa lutte contre le "Marionnettiste", un cybercriminel. Son auteur, Masamune Shirow, est un homme rare. Outre Ghost in the Shell, il a également signé Appleseed (1985-1989), une histoire post-apocalyptique et cyberpunk. Popularisé par son adaptation cinématographique par Mamoru Oshii en 1995, Ghost in the Shell a aussi inspiré une version américaine avec Scarlett Johansson, qui sort en France mercredi 29 mars.

Glénat ressort le manga Ghost in the Shell dans une édition définitive, revue et augmentée par Shirow lui-même. Celle-ci ravira les fans. Le sens de lecteur japonais est respecté, les onomatopées sont sous-titrées et les notes rédigées par Shirow sur les technologies et les techniques de combat ont été insérées. A l'occasion de cet évènement, BFMTV.com a posé trois questions à Masamune Shirow. Il nous explique notamment son processus créatif.

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- © THE GHOST IN THE SHELL © Shirow Masamune / Kodansha Ltd. -

Les premiers chapitres de Ghost In the Shell sont assez drôles, puis l'histoire devient plus sombre et plus violente. Pourquoi avoir ainsi décidé de changer de ton?

Parce que c'était le chemin nécessaire pour arriver à la conclusion, où le personnage principal fusionne avec une intelligence artificielle et s'en va. Si l'histoire s'était développée dans l'optimisme et sans violence, elle aurait refusé la proposition de l'A.I et aurait fait le choix de poursuivre sa vie d'avant.

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- © THE GHOST IN THE SHELL © Shirow Masamune / Kodansha Ltd.

Pouvez-vous nous expliquer votre processus graphique? Quels outils utilisez-vous? Vos scènes, comme celle de la page 37 [voir planche ci-dessus, NDLR], sont très détaillées tout en restant extrêmement faciles à lire. Comment faites-vous?

Je dessine les esquisses sur du papier blanc, avec un crayon à mine un peu tendre, puis je remplis un stylo-plume avec un mélange d'encre de chine et de médium acrylique pour réaliser les lignes définitives. Il m'arrive de tracer les lignes avec une règle, pour les effets en arrière-plan. Une fois que tout est sec, je termine en effaçant toutes les esquisses, à part les dialogues, avec une gomme. Selon les pages, je découpe au cutter des trames (ces feuilles transparentes sur lesquelles sont imprimés des points de taille et d'espacement différents afin de donner diverses impressions de densité) dans la forme voulue et je les colle au manuscrit. C'est ainsi que j'ai procédé pour la page 37 du tome 1 que vous avez citée (la scène où un garde du complexe ennemi tente une contre-infiltration du cerveau d'un membre de la section 9). Là où la trame est brouillée, j'ai gratté au cutter les points imprimés sur la feuille après collage. Je n'emploie pas de technique rare méritant une mention spéciale.

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- © THE GHOST IN THE SHELL © Shirow Masamune / Kodansha Ltd

Chaque histoire de Ghost in the Shell débute avec des pages en couleur. Pouvez-vous expliquer la manière dont vous utilisez la couleur et pour quelles raisons avez-vous choisi l'acrylique? Que préférez-vous, le dessin en noir et blanc ou la couleur?

Ces pages en couleur en début de chapitre ne sont pas une liberté prise en tant qu'auteur, mais sont issues des impératifs de production et des préférences de la rédaction du magazine qui pré-publiait le manga. Peut-être y a-t-il aussi un rapport avec le fait que c'était l'époque de la bulle économique, où le Japon était prospère. Les ateliers n'étaient pas non plus équipés d'ordinateurs, ces outils si utiles aujourd'hui, et j'ai donc choisi l'acrylique pour des raisons comme la tenue de la couleur à l'impression, la vitesse de séchage, la facilité à manier le manuscrit etc. Je n'ai pas de préférence entre le monochrome et la couleur. Voilà près de vingt ans que je ne travaille qu'avec la seconde, ce qui n'est pas rentable, mais ce n'est pas parce que je n'aime pas le premier. Je trouve que chaque option possède des bons côtés qui lui sont uniques.

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- © THE GHOST IN THE SHELL © Shirow Masamune / Kodansha Ltd.

Ghost in the Shell Perfect edition, t.1, Masamune Shirow, Glénat, Collection Seinen, 350 pages, 14,95 euros.

Jérôme Lachasse