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Timothé Le Boucher, ce jeune auteur de BD que le cinéma s'arrache

Timothé Le Boucher en 2018

Timothé Le Boucher en 2018 - Joel Saget - AFP

Le cinéma rêve d’adapter les histoires de ce jeune auteur de 30 ans. Sorti en avril dernier, un an et demi après le best-seller Ces jours qui disparaissent, son nouvel album Le Patient a fait l’objet de multiples propositions avant même sa sortie.

Timothé Le Boucher a marqué les esprits en 2017 en signant le best-seller Ces jours qui disparaissent, l'histoire étrange d'un homme découvrant qu’il vit un jour sur deux. Plébiscité par la presse, ce thriller s’est vendu à plus de 60.000 exemplaires et fait désormais l’objet d’une adaptation cinématographique par Jonathan Barré, le réalisateur du Palmashow. Âgé seulement de 30 ans, Timothé Le Boucher était jusqu’à présent inconnu du grand public et n’avait publié que deux albums durant ses études.

Depuis, il a enchaîné avec un nouveau thriller, Le Patient, où un adolescent découvre après six ans de coma que sa famille a été assassinée. Confirmant le succès de Ces jours qui disparaissent, Le Patient intéresse déjà le cinéma, et a accumulé les propositions avant même la sortie de l’album. Rien n’est encore fixé. Son éditeur Glénat étudie les différentes offres. Pour l’heure, l’album occupe la troisième place des meilleures ventes en BD Policier et Suspense sur Amazon.

Hormis Bastien Vivès ou Pénélope Bagieu, rares sont les auteurs de BD récents à connaître un début de carrière aussi fulgurant. Le scénario de Ces jours qui disparaissent a été imaginé après un passage chez Pôle Emploi: "Je ne savais pas trop où j’allais. Je testais une histoire. Je tentais de vivre de la bande dessinée", se souvient Timothé Le Boucher. L’album marque une telle rupture dans son travail qu’il le présente encore aujourd’hui comme son premier. Le Patient, au contraire, a été conçu en plein succès, avec cette fois "la crainte de décevoir".

Ces jours qui disparaissent et Le Patient de Timothé Le Boucher
Ces jours qui disparaissent et Le Patient de Timothé Le Boucher © Glénat 2019

“Envie pulsionnelle de dessiner autre chose que la réalité”

Fasciné par les récits ambigus aux rebondissements multiples, Timothé Le Boucher réfléchit longuement à la construction de ses récits. Les genres s’y bousculent: humour, récit intimiste, drame psychologique, thriller pervers… Inspiré par le mangaka Naoki Urasawa (Monster, 20th Century Boys), il signe des scénarios implacables et diaboliques qu’il truffe de symboles cachés et d’images dérangeantes. Dans la lignée de David Cronenberg (La Mouche, Dead Zone), il mêle sexe et mort et place au cœur d’une mise en scène épurée des visions cauchemardesques:

"J’avais envie de travailler l’esthétique macabre que j’aime beaucoup et qui était en lien avec l’histoire: dans l’album, les corneilles reviennent souvent, des arbres morts ponctuent la narration, des crânes sont cachés dans les cases… Dans la scène du musée, il y a aussi un clin d’œil aux polaroids que le serial-killer Jeffrey Dahmer prenait de ses victimes."

Omniprésente depuis ses premiers albums Skins Party et Le Vestiaire, la violence est désormais mieux dosée, estime-t-il: "elle est toujours présente, mais elle s’exprime d’une autre manière, elle est plus insidieuse." Plus romantique que macabre, Ces jours qui disparaissent raconte toutefois l’histoire de personnages qui veulent s’extraire de leur réalité. Un sentiment qu’il partage avec eux, lui qui fut animé pendant la création de l’album par "cette envie pulsionnelle de dessiner autre chose que la réalité".

Le Patient de Timothé Le Boucher
Le Patient de Timothé Le Boucher © Glénat 2019

Dans Le Patient, un huis clos dans un hôpital, Timothé Le Boucher revient au réel pour mieux explorer ce qu’il cache d'horrible. Pour instiller l’ambiguïté à ses personnages, il s’est inspiré de Death Note ("notamment pour les jeux de regards") et Monster d’Urasawa: "Quand je cherchais mes idées de cadrage, je me replongeais dans ces livres et parfois ça me libérait l’esprit." Il s’est aussi souvenu des séries Les Contes de la crypte et Chaire de poule, qu’il dévorait enfant.

"On oublie facilement les histoires résolues"

Pour l’atmosphère, il s’est tout simplement appuyé sur la réalité: "Je suis tombé sur cet hôpital qui m’a plu esthétiquement. C’était un dimanche. Il n’y avait personne. C’était assez étrange, et un peu cliché, avec de longs couloirs sombres et des lumières qui clignotent. Je trouvais l’atmosphère suffisamment saisissante pour la réutiliser dans un album et la mélanger avec des idées d’histoires que j’avais déjà mais que je n’arrivais pas à terminer."

Opposé aux happy ends artificiels, il privilégie les fins ouvertes. Il dit s’inspirer pour cela de célèbres affaires criminelles - dont le statut mythique est assuré par le mystère qui les entoure: "On reste dans l’incertitude car certains crimes ne sont pas élucidés. [Dans Le Patient], j’avais envie de reproduire cette espèce de sensation où on n’est jamais sûr de savoir réellement ce qui s’est passé", explique-t-il, avant d’ajouter: "On oublie facilement les histoires résolues."

C’est sans doute cette mécanique narrative qui séduit tant le cinéma et la télévision. Parmi les propositions, il a reçu celle de réaliser l’adaptation de Ces jours qui disparaissent. Il a préféré refuser: "Je ne me sentais pas capable de le faire", assure-t-il. "Le cinéma est un milieu très intéressant, mais ça demande énormément d’investissement et je me demande si pour l’instant il ne vaut mieux pas que je me concentre sur la bande dessinée."

Le Patient, Timothé Le Boucher, Glénat, 296 pages, 25 euros.

Timothé Le Boucher en 2018
Timothé Le Boucher en 2018 © Joel Saget - AFP
Jérôme Lachasse